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Dans un communiqué de presse publié le 29 juin 2017, titré « les livraisons d’armes au Rwanda pendant le génocide des Tutsis : Survie porte à nouveau plainte et se constitue partie civile », cette association française informe l’opinion nationale et internationale qu’elle a déposé le 28 juin une nouvelle plainte concernant les livraisons d’armes par des responsables politiques et militaires français au gouvernement génocidaire rwandais en 1994. Dans son communiqué de presse, l’association Survie, tire un bilan très négatif du quinquennat de François Hollande et de sa promesse en trompe l’œil d’ouverture des archives sur le Rwanda attend de voir si le nouveau président de la République Emmanuel Macron, qui avait lors de la campagne reconnu la dimension criminelle de la colonisation, brisera enfin cette loi du silence concernant le dernier génocide du XXe siècle. En se constituant partie civile, elle entend parvenir à l’ouverture d’une enquête judiciaire : la première plainte avait été classée sans suite au motif que seule la Cour de Justice de la République pourrait instruire cette affaire. Pour cette association de défense des Droits humains, cette nouvelle étape judiciaire intervient alors qu’une des premières grandes lois voulues par Emmanuel Macron entend justement supprimer la Cour de Justice de la République.

L’association Survie, qui milite pour l’assainissement de la politique africaine de la France, avait déposé une première plainte contre X visant « les responsables politiques et militaires français » en fonction en 1994 pour des livraisons d’armes juste avant puis pendant le génocide des Tutsis, le 2 novembre 2015. Dans le cadre des premières investigations menées, le vice-procureur de la République a auditionné Hubert Védrine, Secrétaire général de l’Élysée au moment des faits, en lui demandant notamment de s’expliquer sur ses déclarations passées : Hubert Védrine avait en effet reconnu dans un écrit les livraisons au début du génocide, puis avait réitéré cet aveu devant la commission Défense de l’Assemblée nationale. La plainte a cependant été classée sans suite en septembre 2016, le procureur du pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre ayant en effet considéré que l’éventuelle responsabilité pénale du Président de la République au demeurant décédé ne pouvait être recherchée qu’en cas de haute trahison tandis que celle des ministres relève de la Cour de Justice de la République. Maître Akorri, l’avocate de l’association Survie qui constate cet argumentaire ci-dessus : « Je pense que ces motifs procèdent d’une appréciation erronée de la plainte et d’une application inexacte des dispositions légales. Notamment parce que la plainte, contre X, ne visait pas exclusivement des membres du gouvernement, mais également différents collaborateurs de l’exécutif ou membres de l’armée.

Ainsi, au stade actuel de la procédure, où il convient déjà de faire la lumière sur les responsabilités individuelles, le tribunal de grande instance de Paris est bien la bonne juridiction pour connaître des faits incriminés. » Voilà les raisons qui ont amené Survie a donc déposé une nouvelle plainte, cette fois-ci avec constitution de partie civile. Dans un entretien qu’il a accordé aux journalistes de la presse locale, Fabrice Tarrit,co-président de Survie déclare : « Nous avons une responsabilité collective envers les victimes, celle de faire toute la lumière sur cette page sombre de notre histoire, et de faire juger les responsables. Nos responsables politiques et militaires ont en effet apporté en toute opacité un soutien ahurissant, d’abord à un régime qui commettait des crimes contre l’humanité, puis à un régime génocidaire. » Il ne s’arrête pas là avec sa colère et ses attaques, car il a poursuivi en disant :« A l’heure où on nous parle du renouvellement de la politique, il est flagrant de voir que les mécanismes institutionnels qui ont rendu possible la complicité de la France dans le génocide sont toujours en place : la fonction présidentielle ne souffre d’aucun contrôle et le Président bénéficie d’une totale impunité pénale quels que soient les actes qu’il commette dans l’exercice de ses fonctions – ce qui en miroir rend politiquement acceptables les pires crimes d’État ».Vingt-trois ans après le génocide des Tutsis du Rwanda, durant lequel plus de 800 000 Tutsis furent exterminés méthodiquement, l’association entend ainsi poursuivre son combat pour la vérité et la justice.

Ahmat Zéïdane Bichara

 

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