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Samedi 10 avril 2014 à Toulouse en France, une femme ivre posa d'une manière brute une question : « Pourquoi les êtres humains comprennent le monde et le monde refuse de les comprendre ? » En réponse à sa question, un homme ivre assis un peu plus  loin d'elle, bière à la main, se leva péniblement et dit : « Madame, madame, madame, le monde a toujours compris les êtres humains, mais ce sont les êtres humains qui refusent de comprendre le monde ». Ce jour-là, il y avait une quarantaine de personnes, dont une dizaine avait cherché à donner des vraies réponses à la question posée par la dame ivre, mais c’est cela qui a été donné par une autre femme aussi ivre que la première, une jeune d’une trentaine d’années qui fut forte et attira l’attention de tout le monde. De l'intérieur du restaurant, elle se leva, puis vint vers l’auteure de la question tout en disant : « Moi, moi, moi, Juliette, je m’en fous de ce que vous diriez de moi, je, je, je m’en fous de tout ce qui bouge. Que le monde me comprenne ou que Juliette, moi comprenne le monde, tout ça c’est du blabla et… là, le monde est pourri, nous aussi nous sommes tous pourris et des pourritures. Que voulez-vous que le monde soit face aux êtres humains qui agissent comme des animaux, des vrais prédateurs. » En résumé, qu’elle soit ivre ou qu’elle ait raison ou pas, là n’est pas là le vrai problème. L’essentiel dans cet échange entre les personnes ivres d'un restaurant africain, c’est que la seconde femme ivre a réussi à taxer les êtres humains pour des vrais prédateurs à la manière de Reporters Sans Frontières(Rsf) nomment certains chefs d’Etat hostiles à la démocratie et à la liberté de la presse et de l’information. Evidemment, elle n’a pas tort, car lorsque l’on lit cette information ci-dessous livrée par l’Agence France Presse(AFP), on est immédiatement amené à qualifier sans peur les êtres humains des vrais prédateurs,malgré qu'ils ne soient pas tous des prédateurs ou des sanguinaires,bien évidemment.

L’Agence France Presse rapporte donc que des dizaines de personnes, dont un haut gradé de l’armée, des policiers et des politiciens, ont été condamnées à de longues peines de prison mercredi à Bangkok pour leur participation à un immense réseau de traite d’êtres humains qui a exploité des milliers de migrants. L’ampleur de ce trafic, dénoncé depuis des années par les ONG, était parvenue sur le devant de la scène internationale en mai 2015, avec la découverte de fosses communes dans des camps de transit pour migrants en pleine jungle thaïlandaise. La répression qui avait suivi avait désorganisé les filières et conduit les passeurs à abandonner en mer des milliers de Bangladais ou de migrants musulmans rohingyas venus de Birmanie. Après plus d’une année et demie de procès, le tribunal a passé de longues heures mercredi à égrainer une à une les condamnations. L’AFP commente que sur les 103 accusés, 62 ont été condamnés à des peines allant de 4 à 96 années d’emprisonnement. Soupçonné d’être la cheville ouvrière du trafic, le général Manas Kongpan a été condamné à 27 années de prison pour avoir « facilité la traite d’êtres humains et utilisé sa position pour permettre de faire sortir du territoire des Rohingyas contre paiement », a indiqué un des juges. Cette grande figure de l’appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, promue à l’époque où l’actuel chef de la junte Prayut Chan-O-Cha était à la tête de l’armée, niait les accusations retenues contre lui. Il a aussi été reconnu coupable de « participation à une organisation criminelle ».

L’enquête aurait démontré la preuve de transferts bancaires de la part de passeurs sur le compte de Manas pour un montant de 14,8 millions de bahts (440 000 $CAN). Cette condamnation a tout de suite été qualifiée « d’étape majeure », sur Twitter, par Sunai Phasuk de Human Rights Watch qui a précisé que l’armée avait « échoué pendant des années à punir les soldats complices » des trafics. L’AFP raconte que le démantèlement du réseau a mis au jour l’implication de nombreux fonctionnaires, soldats et policiers et de politiciens, dont le maire de la ville de Pedang Besar, dans le sud. Mais aussi des Rohingyas, qui servaient d’interprètes notamment. Les membres du réseau, soupçonnés d’avoir perçu des millions de dollars sur plusieurs années, devront par ailleurs reverser 4,4 millions de bahts (165 000 $CAN) pour les victimes rohingyas. La filière était organisée dans tout le golfe du Bengale : les migrants birmans ou bangladais tentaient de passer en Thaïlande pour ensuite rejoindre clandestinement par la route la Malaisie. Des survivants ont raconté que les passages à tabac, les meurtres et les viols étaient fréquents.

Des dizaines de fosses communes ont été retrouvées dans le sud de la Thaïlande. La junte militaire thaïlandaise, soucieuse de débarrasser le pays de sa réputation de plaque tournante du trafic d’êtres humains, avait affiché sa résolution à désorganiser les filières. Et elle a donc décidé de faire de cet immense procès un exemple, mais les défenseurs des droits de l’homme ont critiqué les tentatives d’intimidation des témoins et l’accès restreint pour la presse lors des audiences. Interrogé par l’AFP, une certaine Amy Smith de Fortify Rights estime que ce procès est « crucial et sans précédent ». Mais « la Thaïlande a encore beaucoup de chemin à parcourir pour assurer la justice pour les milliers d’hommes qui ont été exploités, torturés et tués », ajoute-t-elle. Il est clair selon elle que « beaucoup d’autres responsables des trafics sont toujours dehors. C’est un vrai business et beaucoup d’argent », ajoute-t-elle. Chaque année, des dizaines de milliers de candidats à l’exil transitaient par le sud de la Thaïlande, et pour ceux retenus dans les camps, entre 2000 et 3000 $ étaient réclamés à leur famille pour leur libération.

Ahmat Zéïdane Bichara

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