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Dans un article fort intéressant, la journaliste politique, Françoise Wallemacq de la RTBF, s’est penchée   avec autant de justesse sur quelques points de similitudes entre les trois présidents burundais, congolais et rwandais. Les leaders de ces trois pays des grands lacs sont francophones pour les deux premiers et anglophone pour le dernier, formé en Ouganda et aux USA. Ils sont tous ressortissants de l’ancienne colonie belge et les trois briguent un 3eme mandat présidentiel, alors qu’en principe les constitutions le leur interdit. Au Rwanda, la constitution fut modifiée, mettant les compteurs à zéro, Paul Kagamé nouvellement élu est assuré de rester au pouvoir jusqu’en 2034, il atteindra alors 76 ans. En RDC, Joseph Kabila se maintient au pouvoir grâce à un accord conclu sous les bons offices de la conférence épiscopale nationale congolaise (CENCO) alors que son dernier mandat s’est achevé en décembre 2016. Les trois présidents ont un autre point commun en matière d’entrave à la liberté d’expression. Ils sont qualifiés par Reporters sans frontières de grands prédateurs de la liberté de la presse et de l’information. Il ne fait pas bon vivre dans l’un de ses trois pays d’être journaliste ou défenseur de droits humains. On pourrait dire à bien d’égards, pour ces leaders des pays des grands lacs qui se ressemblent s’assemblent. Dès son accession au pouvoir, Kagamé, sachant pourtant parler le français pour l’avoir appris au Centre culturel français de l’époque en Ouganda, se refuse de le parler et impose l’anglais pour se venger contre la France accusée d’avoir soutenu les génocidaires Hutu.

Quant à Joseph Kabila Kabange, né le 4 juin 1971 à Hewa Bora II dans le territoire de Fizi (province du Sud-Kivu), sous le régime de Mobutu, a fait une partie de ses études à l’école française de Dar-Es-Salam en Tanzanie où son père adoptif feu Laurent Désiré Kabila vécu en exil. Tel l’harmattan qui souffle tantôt fort, tantôt doux, de façon inattendue, Kabila devient le plus jeune président de la République Démocratique du Congo (RDC) après l’assassinat de son père adoptif le 16 janvier 2001. Comme cela ne suffisait pas, après deux mandats Kabila refuse de lâcher le pouvoir. Fermant yeux et oreilles au ras-le-bol des populations qui se traduit par des manifestations organisées par les forces vives du pays pour faire barrage aux intentions malveillantes de vouloir changer la constitution dans le but de briguer un troisième mandat. Pierre Nkurunziza, fils d’un opposant francophone, contrairement à Paul Kagamé et Joseph Kabila, possède une parfaite maîtrise de la langue de Molière. Mais après le décès de son père, Kurunziza avait appris l’anglais au Centre américain de langues de Bujumbura, sous l’attention bienveillante de sa mère.

En fonction depuis le 26 août 2005, Pierre Nkurunziza décide en 2015 de briguer un troisième mandat à la présidence de la République, ce qui est contraire à l’article 96 de la Constitution du Burundi, promulguée en mars 2005. Il s’est fait élire lors de la dernière présidentielle très controversée boudée par l’opposition démocratique. La situation politique reste tendue depuis la tenue de l’élection présidentielle dans ce pays. Si Pierre Nkurunziza est de l’Eglise évangélique, dont l’épouse est pasteure, Paul Kagamé est de l’église catholique romaine et Joseph Kabila Kabange est anglican. Ce sont tous en principe de foi chrétienne. Si Paul Kagamé est Tutsi de Rwanda, Pierre Nkurunziza est Hutu de Burundi. Joseph Kabila Kabange, de son vrai nom Hippolyte Kanambe Kazemberembe est de mère Tutsi (Marcelline Mukambukuje) et de père Hutu (Christopher Kanambe). Après la mort de son père, qui fut l’ami de Laurent Désiré Kabila, ce dernier avait épousé Marcelline, la maman de Joseph selon les coutumes traditionnelles et adopte ses jeunes jumeaux.

 

Ainsi dans un article publié par la RTBF le vendredi 04 août 2017 le jour des élections présidentielles rwandaises, Françoise Wallemacq  commence son article en déclarant que le Rwanda fait partie des pays des Grands lacs, avec le Burundi, et la république démocratique du Congo. Ces trois pays ont au moins un point commun : leurs leaders accomplissent un 3e mandat, alors que la Constitution l'interdit en principe. Mais au Burundi et au Congo, cela se passe dans un climat de peur et de violence, alors qu'au Rwanda, Paul Kagamé se maintient au pouvoir comme sur du velours. Le président Paul Kagamé a finement joué. Voici un homme qui a délivré son pays de l'enfer du génocide, en juillet 1994. Selon la journaliste belge,un génocide déclenché par la majorité Hutu, et qui a fait près d'un million de morts essentiellement des Tutsis. Paul Kagamé a d'abord été ministre de la défense, avant d'être élu président en 2000 par le parlement. En 2003 et en 2010 il a été réélu au suffrage universel, avec plus de 90% des voix. En principe, après ce deuxième mandat, c’était fini pour lui. Mais, 15 ans après le génocide, le Front patriotique rwandais, et Paul Kagamé surtout, ont jugé que le pays n'était pas prêt pour l'alternance.

Les anciens ennemis Hutu guettent toujours aux frontières, le Rwanda est en pleine reconstruction, et en plein essor économique. Et de toute façon, il n'y pas d'opposition dans ce pays. Les contestataires sont écartés, emprisonnés. Certains ont même été liquidés. Encore fallait-il que l’éventuelle réélection de Paul Kagamé soit conforme à la Constitution. En 2015, un référendum a été organisé. Tout en décrivant avec insistance, François Wallemacq croit que la question à se poser  est : « Paul Kagamé peut-il briguer un 3e mandat ? » 98% des rwandais interrogés ont répondu oui. Par peur ou par conviction ? Difficile à dire, Mais le résultat est le même : la Constitution a été modifiée, les compteurs ont été remis à zéro, et donc, techniquement, Paul Kagamé pourrait rester au pouvoir jusqu'en 2034. Il aura alors 76 ans. Au Burundi et en République démocratique du Congo, les présidents en exercice ont choisi des méthodes beaucoup moins subtiles pour rester au pouvoir.

 

Au Burundi, Pierre Nkurunziza aurait dû passer la main en 2015. Il a été élu en 2005, puis réélu en 2010. En principe, il aurait dû céder le pouvoir il y a deux ans. Mais il est resté, au mépris des protestations de la population, et d'une tentative de coup d’état. Le pays est aujourd’hui plongé dans la terreur, et isolé sur la scène internationale. Cette professionnelle des médias qui termine son article sous forme d’une grande conclusion, pense que des centaines de milliers de Burundais ont fui le pays. Reste le gros morceau, la République Démocratique du Congo. Dans son palais de Kinshasa, Joseph Kabila donne l’impression de s'accrocher au pouvoir. Il a été élu une première fois en 2006, puis réélu en 2011. Son deuxième et dernier quinquennat expirait en décembre 2016. Mais il est toujours là. Tous les prétextes sont bons : le recensement de la population qui n 'a pas encore eu lieu. Et puis, les évasions massives de plusieurs prisons, qui sèment le chaos dans les grandes villes. Sans compter les terribles massacres dans le Kasaï, qui ont déjà fait 3000 morts, et un million et demi de réfugiés. Certains n'hésitent pas à souligner, avec un terrible cynisme, que ces massacres donnent un argument parfait au pouvoir pour geler l’organisation des élections. 

Réd-chef Ahmat Zéïdane Bichara/ DP Moussa T. Yowanga

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