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Le 28 novembre 1958, la République du Tchad est proclamée. Le 11 août 1960, le Tchad accède à l'indépendance. Une indépendance octroyée par la France, après plus de 60 années de domination et d'exploitation. Et pourtant, le territoire du Tchad, son sol, son sous-sol n'ont jamais appartenu aux Tchadiens. Et les habitants du Tchad n'ont jamais été indépendants qu'avant la colonisation. Depuis qu'à partir de la fin du 19ème siècle le colonisateur français y a mis les pieds. Ce pays d'Afrique Noire, un puzzle construit et déconstruit à maintes reprises avant d'accoucher de cet avorton de territoire dénommé Tchad, est un territoire occupé. Une histoire affligeante d'oppression, d'humiliation et d'asservissement a marqué les enfants, les femmes et les hommes qui, aujourd'hui, survivent plutôt mal que bien, sur ce territoire, celui de leurs ancêtres : confisqué pour des intérêts étrangers. Le Tchad indépendant en 1960 ? Un énorme et grossier mensonge. Jusqu'en 1965, les deux tiers du territoire tchadien, en l'occurrence, le BET étaient sous administration directe militaire française. Une zone consacrée aux expériences militaires (explosion atomique ?) et livrée à une exploration systématique des ressources du sous-sol par le BRGM (bureau de recherches géologiques et minières).

Ce bureau qui y avait répertorié et décidé de mettre en veilleuse toutes les ressources minières découvertes (Uranium, zinc, tungstène, or) en attendant d'épuiser celles plus accessibles des territoires côtiers. Que cette région soit libérée seulement en 1965 et qu'aussitôt en 1966, elle se soit rebellée contre l'administration sudiste mise en place par le colonisateur est révélateur d'une évidence : le seul lien, la seule puissance capable de forcer à la cohabitation obligatoire, des peuples aux antagonismes culturels radicaux sont ceux exercés par la contrainte coloniale. Le reste du territoire demeurait-il pour autant davantage indépendant ? L’extraordinaire effronterie de la France est de laisser croire aux Tchadiens et aux autres Africains de ses anciennes colonies qu'ils étaient indépendants. En réalité, dans leurs champs de coton, ces pauvres hères, au Tchad notamment, étaient des esclaves s'échinant au travail sous la menace de la chicotte du boy Coton, un garde chiourme impitoyable qui veillait à la bonne production de l'or blanc, au bénéfice de la Cotonfranc. En amont : l'IRCT (Institut des recherches cotonnières et textiles) et la CFDT (compagnie française de développement textile), deux institutions françaises des débuts du 20ème siècle veillaient à la promotion de la production textile dans les colonies françaises en faveur des industries de la métropole coloniale et, au détriment des producteurs Africains, contraints à la misère parce que forcés de négliger leurs cultures vivrières.

Indépendance du Tchad ?

Les Tchadiens ont-ils jamais été indépendants quand leur territoire a toujours servi de base de subversion ? Un réservoir d'où les jeunes gens embrigadés pour la plupart de force, ont servi de chair à canons dans des guerres coloniales depuis 1914, 1940, et plus tard dans les années 50 et 60 partout dans le monde ? Le Tchad, depuis est resté un territoire militaire français. D'un pouvoir français insatiable et ingrat qui a continué et continue de se servir de ce pays et de ses jeunes pour étouffer toute velléité d'émancipation des peuples d'Afrique. Opération Manta, opération Épervier, opération Baracuda, opération Sangaris, opération Barkhane : depuis 1960, le Tchad est un théâtre d'opérations militaires dans l'intérieur et sur les confins de son territoire qui héberge, comble ou paradoxe de souveraineté, l'une des plus grandes bases militaires françaises au monde. Les Tchadiens sont-ils indépendants quand ceux qui gouvernent leur pays sont des agents des services secrets occidentaux, hier Hissein Habré pour la CIA et aujourd'hui Idriss Déby, l'homme de la DGSE ?

Quand l'homme qui le dirige depuis 27 ans, avoue, la main sur le cœur et les larmes aux yeux que, c'est le pouvoir français qui est responsable de son maintien au pouvoir contre le gré de ses compatriotes ? Pour l'intérêt de qui sont morts ou meurent les jeunes Tchadiens, au Congo, en RCA, au Mali, au Niger, au Nigéria voire au Yémen ou en Arabie Saoudite ? Comme leurs ancêtres à Verdun, en Normandie, en Algérie, en Indochine ? Les Tchadiens sont-ils indépendants lorsqu'un groupuscule au pouvoir brandit sa supériorité martiale et ethnique comme seule justification de son maintien à la tête d'un appareil de sujétion politique, le parti Etat ? Un appareil de répression militaire ; l'armée nationale ? Et un appareil d'exploitation mafieuse des ressources naturelles et humaines : l'état et toutes ses institutions dévoyées de leurs prérogatives ? Un monstre à trois têtes contrôlées par Idriss Déby Itno et deux familles ? Le 11 août devrait être décrété journée de deuil national. Et les Tchadiens devraient bien réfléchir à l'unique phrase sincère de leur hymne national : « ta liberté naîtra de ton courage ! ».

Nadjikimo Benoudjita, correspondance particulière.

 

 

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