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REGARDS D'AFRICAINS DE FRANCE

Informer sans travestir ni déformer, c'est notre combat !

Tchad : Finalement beaucoup de Tchadiens croient vraiment que la vie n’a plus de sens…

Piqué sur le mur de Midaye Guerimbaye lecture et mon analyse de janvier 2018. Il vous souviendra qu’il y a juste cinq jours, nous avons souhaité à chacun et à tous que l'année soit bonne. Nous avons alors maudit 2017 pour les souvenirs douloureux et l’absence de perspective pour le plus grand nombre. Nous avons aussi compté nos morts de soucis, de stress au quotidien, des arrêts cardiaques, des victimes de la faim, de la soif et de la torture, de l'esclavage et du bannissement, des privations et du mépris. Comme tous les peuples de la terre nous avons imploré nos dieux afin qu'ils nous préservent du malheur et que l'année nouvelle se présente sous les meilleures étoiles pour les Tchadiens que nous sommes.

Dieu étant encore plus loin de nous et compte tenu de la diversité des prières de chacun et de nos pulsions revanchardes, nous avons cru que les autres êtres de la terre pourraient comprendre notre souffrance et implorer notre Dieu immédiat à plus d'égard pour l’homme. Les argentiers de tous bords, les experts en analyse de l'avenir et du devenir du peuple, nos amis du pays du Dogol étaient attendus pour montrer le chemin qui mène vers la richesse sans passer par les assassinats, les pillages, les vols organises, la torture morale et les agressions physiques. En janvier Seulement nous venons de nous rendre à l’évidence qu’ils encouragent le suicide collectif, qu’ils travaillent avec les autres méchants pour réaliser le rêve des intérêts au détriment des valeurs humaines. Qu’ils livrent les plus faibles aux plus puissants au nom des calculs machiavéliques et des théories douteuses. Hier en revenant de l’enterrement d’une cousine décédée à l’hôpital de la mère et de l’enfant, pendant l’accouchement, des vieilles motos et vélos saisis par les agents forestiers sont garés au poste de contrôle à Toukra.

Il est reproché à ces Tchadiens d’avoir coupé des bois. En réalité en regardant de plus près, je constate que sur la vieille moto est attachée une botte de brindilles d'un arbuste que je connais bien (ndobe). Or, au village ces tiges ne sont même pas utilisées pour la cuisson et c’est seulement dans l’extrême urgence qu’on en fait usage pour la cuisine. Sur l'autre engin est attaché les branches du rônier ou du palmier dôme. Tout bon planteur trouve normal d’ailleurs que cet arbre dispose la particularité de grandir vite lorsque ses feuilles encombrantes sont élaguées. Nos illustres forestiers appellent cela « couper du bois vert ». En répression ils saisissent des vieux engins de   personnes retraitées qui courent la brousse pour survivre en attendant le paiement de la pension alimentaire aussi hypothétique que la saison des pluies dans le désert de Faya. Les victimes de ces saisies n’ont aucun moyen de recours. Les pirogues, les motos, les véhicules, les charrettes et autres chevaux saisis passeront d’une main à l’autre sans vergogne. Souviens-toi mon frère qu’à Doro aussi bien à Benguewe lorsqu’un homme transporte le bois de cuisine, cela voudrait dire qu’il a perdu la plus grande partie de son honneur ou bien ayant perdu sa femme il doit s’occuper seul des enfants mineurs. Mais il est de tradition que sur le chemin de retour du champ, le bois de chauffe « ta ndal » soit fièrement transporté sur l’épaule par le brakoss. Me référant à cette perception de la vie, je déduis qu’un homme qui vit en ville avec le minimum de moyens accepterait difficilement de transporter ces genres de choses sur sa moto lorsqu’ il rentre de Koundoul. Ceux qui acceptent de mettre la croix sur l’honneur sont généralement les plus nécessiteux qui refusent de faire la manche par simple sursaut d’orgueil.

Disons-nous clairement les choses. Lorsqu’un homme accepte de transformer son corps en charge explosif soit il a compris que sa vie sur terre n’a plus de sens soit il espère une vie meilleure dans l’inconnu et accepte de faire le bond utile. Le plus souvent la solution du désespoir est une conception de l’espoir basée sur la révolte intérieure. Devons-nous accepter de pousser les gens à croire que la société n’a pas besoin d'eux ? Finalement beaucoup de gens au Tchad croient vraiment que la vie n’a plus de sens. Les Jeunes attendent depuis plus de 6 années que l’état leur trouve du travail puisque les privés ont presque mis les clefs sous le paillasson. Les veuves et les retraités pleurent tous les jours pour réclamer la restitution de ce dont ils ont cotisé. En campagne le traditionnel conflit éleveur/agriculteur tourne au massacre avec la complicité établie de l’administration territoriale et les hommes armés de l’Etat. Nos maitres à penser ont donné armes et munitions pour maintenir le plus grand nombre dans la précarité absolue. Un sadisme qui paye jusque ce jour, mais quand arrivera le moment où tous ses damnés de la terre décident de mourir ensemble une fois pour toute. Il ne faudra pas venir crier génocide, crime contre l’humanité. Car ceux qui travaillent aujourd’hui à la destruction savent avec exactitude le résultat attendu. Vivement que les efforts soient conjugués pour construire ce grand et beau pays. Je crois toujours que le mauvais chemin que nous empruntons maintenant nous mènera à l’enfer si ceux qui dirigent et leurs complices ne mettent pas au-dessus de toute considération l’Homme.

Nadjikimo Benoudjita, correspondance particulière depuis Canada 

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