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Hissein Habré, l’ex-fondateur d’Union Nationale pour l’Indépendance et la révolution (UNIR) avait-il su faciliter la tâche à ses militants, aux hommes et femmes politiques, aux historiens et à la population tchadienne attribuant la troisième république à son gouvernement dès son accession au pouvoir le 7 juin 1982 jusqu’à sa chute ? Etait-il réellement le troisième président du Tchad depuis l’accession de ce pays à l’indépendance, le 1er août 1960 ? Bien sûr que non.

Car, après le tout premier président, le défunt François Tombalbaye qui gouverna ce pays du 1er août 1960 au 13 avril 1975, date de sa mort lors du premier coup d’état dans l’histoire du Tchad, Noël Milarew Odingar lui succède brièvement du 13 au 15 avril1975 comme président de la république par intérim avant de céder la place, à Félix Malloum qui fut porté à la tête du pays par la junte militaire. Il exerça les hautes responsabilités de l’Etat du 15 avril 1975 au 23 mars 1979.
 
Lol Mahamat Choua, le président actuel du (RDPT) dirigea à son tour, le gouvernement d’union nationale de transition, du 29 avril 1979 au 3 septembre 1979. Goukouni Oueddei géra la continuité du même gouvernement d’union nationale de transition du 3 septembre 1979 au 7 juin 1982, date à laquelle son régime s’effondre avec la prise du pouvoir par les rebelles venus de l’Est et dirigé par Hissein Habré qui devint alors président du Tchad. Très vite, il mena une politique de répression et dispose d’une machine impitoyable, la Direction de la documentation et de la sécurité créée en1983 qui sera responsable de 40 000 morts d’après les conclusions d’une commission d’enquête. Hissen Habré perd le pouvoir le 1er décembre 1990, et trouve exil à Dakar au Sénégal.

Depuis Tombalbaye en passant par Félix Malloum et Goukouni, on compte déjà trois gouvernements successifs sans tenir compte des éphémères présidents Noël Milarew Odingar et Lol Mahamat Choua. On peut logiquement se demander quelles étaient objectivement les raisons qui ont conduit Hissein Habré à designer son gouvernement celui de la troisième république ?

Est-il la personne indiquée pour travestir l’histoire en faisant table rase des gouvernements de Noël Milarew Odingar et Lol Mahamat Choua, fussent-ils de courte durée ? Aussi, la population tchadienne et ses intellectuels terrorisés et pris en otage par ce dictateur n’avaient pas du tout osé savoir ce que pouvait signifier ou représenter à cette époque, l’appellation « troisième république » à cause de la peur de se faire jeter dans l’abîme. Même les journalistes n’avaient pas cherché du tout à éclairer l’opinion sur ce point mais ils s’évertuent à répéter sans cesse la «troisième république » dans leurs émissions respectives pour se donner une bonne image.

Les groupes d’animations politiques (nommés groupes chocs), ont été un élément de propagande et de mobilisation de la population durant le règne du dictateur Hissein Habré. L’ensemble des artistes et notamment les musiciens et chanteurs, n’avaient fait que vénérer le gouvernement de la troisième république en mettant en exergue l’unité du peuple tchadien, la grandeur de l’UNIR, le seul parti politique et la clairvoyance de son fondateur. C’était donc une soumission et une obéissance aveugle comme si l’on avait à faire à un « dieu » ou un extra terrestre doté d’un pouvoir extraordinaire.

Les années ont progressivement passé et l’on n’était brutalement arrivé à la fin de cette république avec le départ précipité de son patron, chassé du pouvoir comme une pintade du haut d’une falaise par son ex-chef d’état major, Idriss Deby, le premier décembre 1990. Une page est donc tournée et l’on pouvait en principe s’arrêter là. Mais comme tout événement historique, social, économique et politique à des conséquences sur la vie d’un peuple, ceci nous amène à se poser la question de savoir pourquoi le chef de l’état actuel, Idriss Deby n’a pas fait comme son prédécesseur en désignant son gouvernement étant comme celui de la troisième ou quatrième la république du Tchad par exemple ?

 Là aussi, il y a de l’ambigüité et c’est là où les choses nous intéressent le plus. Car, cela touche du doigt le rôle central d’une constitution dans la vie d’une nation et sur les activités indépendamment de la nature du pouvoir en place. Deby ne sait-il pas se servir de la constitution tchadienne pour gouverner le pays ?

Il se sert même de trop, il en abuse à tel point qu’il l’avait déjà taillé à sa mesure comme un nomade le fait avec la queue de son cheval, pour se maintenir à vie au pouvoir et pour mieux s’accaparer de la manne pétrolière du pays avec son entourage familial et ethnique et de tous les avides de fortunes qui gravitent autour de lui comme des vautours. En réalité le gouvernement de Deby comme le cas de l’ensemble des pays africains, ne perd pas son temps sur des choses de peu d’importance comme la désignation de son régime par le terme première, deuxième, troisième république ainsi de suite.

Même au Cameroun, le Niger, la république centrafricaine, on n’en sait pas grand-chose. Leurs chefs d’état se sont tout simplement contentés simplement du terme république. Peut-être parce que certains sont venus par la voix des armes ou bien parce qu’ils ne veulent pas du tout entendre cela de peur que leurs peuples respectifs prennent conscience et se révoltent en leur demandant de partir pour céder le pouvoir à quelqu’un plus honnête
.

L’homme de la rue quand à lui n’a pas trop réfléchi pour désigner le régime d’Idriss Deby « République des Zaghawas » à cause de la gestion quasi familiale des affaires de l’Etat et de la main mise de ce groupe ethnique sur tous les secteurs clés de la vie du pays. Bien avant cela, la république était celle des Goranes avec Habré et Goukouni. Sous les régimes de François Tombalbaye et Félix Malloum, la république était appelée «République des Saras ».

C’est simple de réfléchir ainsi si on ne tient plus compte de la constitution ou d’aucune loi écrite ou positive. D’ailleurs nul ne peut condamner l’homme de la rue pour ces appellations, sauf qu’il ne peut le dire tout haut et fort, au risque de voir s’abattre sur lui les foudres des démons noirs aux cheveux crépis C’est ainsi qu’on le dit tout bas, mais en sachant pertinemment que c’est la vérité, puisque chaque régime qui arrive est le synonyme d’une ethnie quelconque.

C’est bien clair et limpide. Les exemples ne manquent pas sauf pour des gens qui ne connaissent pas le Tchad ou qui refusent de l’admettre. Même les groupes des rebelles qui opèrent actuellement à l’Est du pays avec comme base arrière le Soudan, sont en majorité composés des frères d’une même ethnie ou d’un même clan. Les partis politiques civils de l’opposition démocratique font pratiquement la même chose

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