Vendredi 25 novembre 2011
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Syfia Grands Lacs/Burundi) Après des années de suspicion, des associations burundaises,
qui défendaient les victimes de conflits de l'une ou l'autre ethnie, font cause commune pour rechercher la vérité et punir les coupables. Un nouveau pas vers la
réconciliation.
En octobre dernier, une dizaine d’associations burundaises ont scellé un pacte d’alliance pour unir
leurs forces, sans aucune considération ethnique, dans la recherche de la vérité sur les crimes qui ont ponctué l’histoire du pays en 1965, 1972, 1988, 1993. Pour la première fois depuis
plusieurs décennies, Hutus et Tutsis – les deux principales composantes du pays- ont décidé de se comprendre mutuellement.Aujourd'hui, les ressorts
de ces conflits longtemps considérés comme ethniques apparaissent autrement. Cette prise de conscience se remarque aussi au niveau de la configuration des partis politiques où les militants sont
souvent des deux ethnies. "Avec le temps et les avatars du conflit, les uns et les autres ont finalement compris que le problème de fond
n’est pas ethnique, mais que des hommes politiques font de l’ethnie un fonds de commerce. Il n’y a aucune ethnie faite uniquement de saints ou de criminels. La globalisation ne construit
pas", explique sous couvert d’anonymat, un ardent militant des droits humains.
Tous pareillement victimes:"Nous comprenons leur douleur et leur détresse, ils comprennent tout autant notre blessure profonde
et notre désarroi pour avoir perdu les membres de nos familles dans des conditions atroces et inhumaines, il est important que les uns et les autres se mettent ensemble pour demander que justice
soit faite dans un cas comme dans l’autre et que seuls les coupables soient identifiés", expliquait le 5 novembre, Jacqueline Karibwami, présidente de l’Association des veuves et des
orphelins pour la défense de leurs droits (Avod). Comme son nom l’indique, cette association regroupe les victimes des différents conflits qui ont épisodiquement endeuillé le pays depuis
plusieurs décennies. Les plus en vu sont issues de l’ethnie hutue. Notamment, Laurence Ndadaye, veuve de l’ancien président de la République assassiné en 1993, la veuve de l’ancien Premier ministre, Pierre Ngendandumwe, assassiné en 1965
et la mère de l’actuel chef de l’État, Pierre Nkurunziza dont le mari fut emporté par le conflit de 1972…Le paramètre ethnique a longtemps été au
centre de la création de certaines associations de défense des droits des victimes. "Initialement, l’association Avod était perçue comme
cristallisant la conscience hutue, mais avec le temps, elle met de l’eau dans son vin et dénonce systématiquement les violences de toutes sortes ainsi que leurs auteurs quelque soit les
victimes", explique André Ndayishimiye, défenseur des droits humains. Face à Avod, il y a AC-Génocide (Action contre le Génocide), initiée en 1997 et
présidée par le professeur Venant Bamboneyeho. Sous le slogan "Plus jamais ça !", elle militait ouvertement pour la réhabilitation des victimes, tutsis pour la plupart, des massacres qui ont suivi l’assassinat
du président Melchior Ndadaye en 1993. Mais pour les deux camps, le combat est désormais commun et sans exclusive. "Nous avons compris que
les uns et les autres partagent la même douleur, c’est ainsi que nous décidons de partager le combat et le débat pour plus d’efficacité. Par ailleurs, ne dit-on pas que l’union fait la
force ?", déclare le président de AC-Génocide.
Conjurer ensemble le mal absolu.Pour honorer leur engagement et joindre l’acte à la parole, ces différentes associations ne font plus bande à part comme avant, selon leur sensibilité
ethnique, notamment pour se souvenir de leurs proches emportés par les différents conflits sociopolitiques. "Le
21 octobre dernier, les représentants des associations initiées par des Hutus se sont joints aux leaders des associations montées par des Tutsis, autour du mémorial de
Kwibubu (centre du pays, Ndlr) où
furent brûlés de nombreux élèves tutsis à cette date en 1993. Ils avaient fait la même chose en allant s’incliner devant les dizaines de séminaristes de Buta (sud, Ndlr) mitraillés par les rebelles en
1997", témoigne Jean-Nepo Bironkwa, rescapé de l’attaque du séminaire de Buta et membre de ALM (Association lumière du
monde à partir de Buta), une des associations engagées dans ce combat commun.Ce
rapprochement s’observe au moment où le gouvernement s’apprête à mettre en branle les mécanismes de la justice transitionnelle, en l’occurrence laCommission vérité/réconciliation et le Tribunal spécial missionné pour juger des crimes graves
avérés. La Commission sera mise en place début 2012. Ces associations s’unissent pour peser dans la balance et
contribuer à faire éclater la vérité. "Nous voulons mettre fin à la globalisation qui tue, car tous les Hutus ne sont pas coupables, ni tous les Tutsis et la vérité que nous cherchons est
celle qui nous permet de séparer le bon grain de l’ivraie pour aller de l’avant", conclut Jacqueline Karibwami, dont le mari a été emporté par la crise de 1993 alors qu’il était à la tête de
l’Assemblée nationale.