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Cet article que vous lirez, a été publié un peu partout à travers des réseaux sociaux et aussi par le journaliste Eric Mocnga Topona, collaborateur spécial de Regards d’Africains de France. Il est écrit par un confrère journaliste, Louis Deubalbet Wewaye, Etudiant en Master 2 Européen Communication et Stratégie publicitaire, ENACO Lille, Prix du Club de la Presse Francophone 2010. Ancien correspondant de BBC Afrique et de la Deutsche Welle au Tchad.Il est effectivement impossible de vous préciser la date exacte de sa publication, mais la Rédaction ne retient que celle du 29 juin 2017, depuis Ajaccio. L’idée générale du choix de la Rédaction est de vous permettre de lire des analyses ou des réactions susceptibles à susciter des débats contradictoires, mais riches pouvant construire un monde meilleur dans un prochain ou lointain avenir.

 Le journalisme tchadien alimente les débats ces trois derniers mois. Nous assistons à notre triste regret à des querelles intestines entre hommes dits de médias, que dis-je des novices, se livrant en pâture à des puérilités qui ont malheureusement cassés les jambes à ce noble métier au point de le rendre complètement handicapé. Ce désordre qui perdure fait que l’on se demande si les médias tchadiens constituent-ils ou ont-ils encore cette force de quatrième pouvoir dans un pays qui est à l’agonie.

                                        Pris en otage dans le vent de l’amateurisme.                 

 Au nom de la pseudo-démocratie soufflant au gré du vent de Bamina, sont nés, grâce à la bienveillance suzeraine de ce dernier des organes de presse dont la majorité baigne dans un dilettantisme latent. J’ignore sur quelle base sont accordées les autorisations de fonctionner de ces canards qui pour la plupart ne tournent en vérité qu’autour d’une seule personne. Cette même personne s’affuble donc aisément de tous les titres hiérarchiques que l’on peut trouver dans une rédaction normale. Tout au plus, elle s’entoure d’un ami ou d’un membre de la famille qui, souvent est sorti de nulle part, inculte et totalement ignorant des préliminaires de la déontologie du métier. Ainsi, n’importe qui se lève n’importe quand, écrit n’importe quoi et l’on peut l’habiller d’un gilet de journaliste. La fameuse liberté de presse. Il n’est plus possible de lire un article entier sans être agressé par des coquilles d’orthographe et de grammaire. Au revoir les phrases simples composées de sujet, verbe et complément. Les ragots et les faits divers ont remplacé les vrais papiers et bonjour la désinformation et la diffamation. Cette nécrose est malheureusement en train de s'installer dans tous les médias tchadiens et à tous les niveaux. Il est bien loin le temps de nos aînés, ce temps là où les lecteurs, auditeurs et téléspectateurs consommaient avec avidité les voix et plumes de Celestin Topona, Hourmadji Moussa Doumngor, Mahamat Hisseine, Yaldet Begoto Oulatar, Gata Nder, Nadjikimo Benoudjita, Zara Mahamat Yacoub, Michael Didama, Sy Koumbo Singa, et tant d'autres. Ceux-là même qui nous ont refourgué le virus du journalisme.

Doit-on les accuser de nous avoir laisser orphelin et sans encadrement ?                            

Non. Je crois que le problème est ailleurs. Car ces hommes et femmes ci-haut cités et qui ne sont qu’une infime partie des belles plumes et voix que le journalisme tchadien ait connues ne sont pas des prophètes. Ils ont juste fait et continuent, pour certains de faire leur travail dans le respect de l’éthique. C’est ce qui manque à la génération qui est la mienne aujourd’hui. Et pourtant, la faveur des nouvelles technologies devraient normalement constituer un tremplin d’épanouissement pour le journalisme tchadien à ce jour. Mais c’est tout le contraire. Résultat, le métier rampe dans une sorte de gadoue nauséabonde. Tiens, en moins d'une semaine, deux gros titres ont honteusement illustré l'amollissement du journalisme tchadien. La Télé Tchad qui annonce en gros caractère « A suivir » au lieu de « A suivre » et un tri-mensuel qui affiche le très alléchant titre de détournement de 600 millions attribué à Béchir Madet, l'actuel ministre du pétrole et de l'énergie. Affiche que le journal va finalement corriger en se fendant en excuses, ses sources seraient fausses. Des bourdes, on en fait tous mais quand c'est à répétition, cela devient le reflet de la médiocrité. Ces deux exemples révèlent en miniature la gangrène qui s'est emparée du milieu. J'évite de m'attarder sur eux car plus j'en parle, mieux cela m'énerve et au finish je me retrouve avec la même question, pourquoi de tels médias devraient-ils continuer d'exister s'ils sont incapables de servir des programmes à peine digeste ? Le premier appartient à l’État, il a et cela est un secret de polichinelle, tous les moyens pour s'offrir le personnel le plus que qualifié. A défaut, ses programmes ne devraient même pas franchir le pont de Ngueli. C'est une honte que de regarder la télévision nationale tchadienne diffusée sur des bouquets à l'international. Quant au deuxième cas, j'ignore ce qui n'a pas marché mais tout porte à croire que c’est un exemple palpable de l’amateurisme journalistique.

                                                      La faute à la vache maigre ?                                                  

Si les 16 mesures de précarité du gouvernement ne sont pas à l'origine de la décadence journalistique au Tchad, elles ont quand même permis de faire chuter les côtes du métier. Les bêtises et stupidités servies par la presse tchadienne depuis l'amorce de la période dite des vaches maigres ont connu un triste record. Conséquences, la rue a du mal à prendre le temps de séparer les bons grains de l'ivraie. le marché de l’emploi des jeunes étant en berne, un premier job devient de plus en plus long, voire impossible à dénicher. Les jeunes, diplômés ou pas de toutes les corporations s’invitent dans la presse. Ce qui fait qu’il existe aujourd’hui, une véritable incompréhension de ce qu’est réellement un journaliste. Face à ce désordre, il est important de rappeler à mes chers confrères qu'un journaliste est un professionnel et le journalisme est un métier. N’est pas journaliste qui veut. Est journaliste celui qui est payé pour écrire des articles qui portent sur l’actualité. Pour être journaliste, il est possible de suivre une formation encadrée qui amène à cette profession. Le mot d’ordre basique est d’être neutre. En effet, un journaliste doit rapporter l’information (d’où le terme de reporter) telle qu’elle est, de la façon la plus simple possible et sans donner son avis. Le lecteur lit un article pour connaître les faits et non pour connaître l’avis de Mahamat ou de Jean sur le sujet qu’il a composé entre deux bières, dans un « godala » quelconque. Le devoir du journaliste est de plus en plus contesté aujourd’hui, à cause des diffamations à répétition. Le tchadien lamnda se plaint de la corruption des médias. Partout, on lit la presse tout en la soupçonnant de corruption. Les journalistes eux-mêmes ont adopté un code pour se ridiculiser, le « gombo » ou « communiqué final ». Certains sont pratiquement en train de faire carrière dans les couvertures des cérémonies, des séminaires ou de je ne sais plus quelles rencontres car ce sont des sujets faciles à traiter et cerise sur le gâteau, il y a pour la plupart des perdiem derrière. Le fait que certains hommes politiques ou barrons influents qui gravitent dans le giron du pouvoir en place soient propriétaires des principaux médias, et tiennent même entre leurs mains la vie de la presse, fait aussi que ce métier perd de sa beauté. Le journalisme est un job qui demande du temps, des compétences et de l'énergie. Le propriétaire d'un ordinateur ne se transforme pas en un journaliste crédible. C'est tout comme un livre de recettes ne fait pas pour autant le bon cuisinier. Il est grand temps le gouvernement, les institutions et organes régulateurs et les professionnels (les vrais) réfléchissent et se penchent sur le cas de la presse tchadienne, quitte à faire états généraux des médias afin d’identifier les enjeux et évolutions possibles et d’en mesurer l’impact sur le métier.

 

   Réaction  analysée et validée par Moussa T. Yowanga le Directeur de Publication 

 

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