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5 Février 2017
Les élections législatives ne seront pas organisées avant 2019 ou plus pour des raisons budgétaires. C'est la réponse du chef de l'Etat tchadien Idriss Deby Itno. Une raison qui en cache d'autres !Les députés tchadiens, élus en 2011 pour un mandat de 4 ans. Ils devraient se présenter à nouveau devant les électeurs en 2015, mais pour des raisons pratiques et autres la législature a été prorogé pour une durée indéterminée depuis 2015. En outre, leur mandat a été prorogée encore à une durée plus longue et indéterminée du moins après 2019 par la seule volonté du chef de l'Etat suivant ses propres arguments se fondant sur la crise économique donc de la chute des prix du pétrole.Cette explication est très discutable pour plusieurs raisons :
- C'est le deuxième report de la législature après celui de 2015 et l'idée d'organiser des élections législatives doit se faire en 2013 ou 2014 donc avant la crise. Par conséquent le manque d'argent aujourd'hui bien qu'il constitue un motif d'explication mais non une raison fondamentale ;
- Le Tchad a dépensé énormément d'argent dans des interventions militaires à l'extérieur surtout celles au Mali en 2013 ont coûté plus de 300 milliards de FCFA aux contribuables. Or 20% de cette somme aurait permis d'organiser des élections législatives en 2015 ;
- En termes de planification stratégique et de gouvernance, le Tchad aurait pu et c'est nécessaire d'organiser ensemble les élections présidentielles et législatives en 2016. Ce qui n'a pas été fait:
- Vaut mieux garder la législature actuelle aussi longtemps que possible du moment où, elle est très favorable au pouvoir par une "majorité acquise" pour faire passer tout projet de loi de son choix que de la perdre. A fortiori, elle est nécessaire de la maintenir pendant cette période de crise économique et sociale qui durera pour longtemps avec ses conséquences impopulaires et défavorables au Mouvement Patriotique du Salut (MPS), obtenir son soutien et de faire passer des lois sans difficultés et surtout de s'assurer du vote de certaines réformes constitutionnelles : révisions de la structure administrative de l'Etat, la limitation du mandat présidentiel, la fédération (si elles auront lieu ) et beaucoup autres projets promis pendant la campagne électorale ;
- L'idée de mettre en grande partie la chute des cours du pétrole pour expliquer la crise de trésorerie n'est pas fondamentalement établie. Pourquoi ? C'est assez simple, le Tchad depuis début 2014 a doublé sa production pétrolière selon de l'ex-ministre du Pétrole Djerassem dans le journal Le Progrès en décembre 2013). Bien que la chute des prix du pétrole ait impacté les recettes de l'Etat cependant, la dégringolade du revenu pétrolier est limitée par l'augmentation (double) du volume de production du brut et par l'appréciation du dollar $ face au FCFA. De 1 dollar $ = 450 FCFA en 2013 nous sommes passés aujourd'hui, 1 dollar s'échange à 610 FCFA. Donc plus le dollar s'apprécie et plus de FCFA à engranger (capitaliser ou amasser) !
Enfin du point de la bonne gouvernance politique, un pays pétrolier, puissance militaire, avoir dirigé la présidence de l'Union africaine et gagne la présidence de la Commission de l'Union Africaine. Peut-il continuer à fonctionner sans élections législatives pendant plus de 5 ans et proroger sa législature à une durée indéterminée ? Il est important de rappeler que plusieurs prorogations ont été faite pour la première législature.Sous l'angle du droit constitutionnel, la question devient très récurrente : légalité et légitimité. Qui est habilité à proroger le mandat des députés, (mandat obtenu par le peuple qui détient la souveraineté exclusive) dans une démocratie donc un Etat de droit ?Comme disait un célèbre penseur, sans planification en avance, vous rencontrez des difficultés devant vos portes ! Ainsi au Tchad, l'absence ou du moins le non application d'une planification stratégique est la cause fondamentale de nos difficultés et problèmes.
Kebir Mahamat Abdoulaye/Economiste et Collaborateur permanent.