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7 Septembre 2017
Cette interview ci-dessous que notre confrère Madjiasra Nako a réalisé du ministre de l'Economie et de la Planification du Développement pour le compte de l’Hebdomadaire Jeune Afrique,dans sa parution N° 2956 du 3 au 9 septembre 2017, vous donnerait l’idée approximative des raisons du gouvernement tchadien sur une éventuelle dette financière, dont les négociations ont commencé le mercredi 6 septembre 2017 à Paris en France et se termineraient probablement d’ici samedi 09 septembre 2017. Selon le ministre tchadien de l’Economie et de la Planification du Développement son pays a besoin de plus de 2000 milliards de Fcfa (soit 3 milliards d’euros), un montant qui manque, sur un total de 5000 milliards pour boucler le financement du programme quinquennal 2017-2021 de son nouveau plan de développement « Vision 2030 : le Tchad que nous voulons ». D’après le correspondant de Jeune Afrique au Tchad, l’économie du pays est malmenée par l’effondrement du cours du pétrole, qui représentait 70% de ses recettes budgétaires. Pourtant, le Tchad dispose plus 40 millions d’hectares de terres cultivables disponibles et d’autres possibilités comme dans l’élevage ou l’agriculture existent. Justement les raisons pour lesquelles, beaucoup d’activistes tchadiens, certains membres de la société civile ou autres Tchadiens contestent la table-ronde des bailleurs de fonds et un forum pour attirer les investisseurs étrangers avec probablement une demande d’aide de financement. Ils considèrent que le Tchad n’a ni besoin ou de fonds, malgré que le régime actuel d’Idriss Deby Itno croirait convaincre son peuple sur les raisons de cette descente aux enfers financière qui frappe leur pays. Ces activistes ou certains membres de la société civile et les amis du Tchad estiment que les ressources pétrolières et autres de ce grand pays francophone d’Afrique centrale sont simplement mal gérés par le gouvernement d’Idriss Deby Itno.

Jeune Afrique : le taux d’endettement au Tchad, estimé à 45% du PIB en 2016, était déjà considéré comme intenable. Des campagnes de financement comme celle que vous organisez à Paris en ce début septembre ne contribuent-elles pas à aggraver la situation ?
Ngueto Tiraina Yambaye : Notre taux d’endettement n’est pas aussi élevé qu’on le croit. Contrairement aux chiffres que vous avancez, il n’est que de 28%. Ensuite, il y a un postulat économique qui dit qu’on ne peut être riche que par le crédit. Cependant, pour éviter toute surprise, nous avons fondé nos simulations sur des hypothèses peu ambitieuses, même si notre potentiel est bien plus important. Il nous manque aujourd’hui 2081 milliards de Fcfa (environ 3,2 milliards d’euros), ce n’est pas la mer à boire. Nous allons à Paris avec des projets rentables à la base. Pas pour endetter le Tchad.
Les finances publiques du pays ont été sérieusement mises à mal par l’effondrement du cours du pétrole. Dans quel état sont-elles aujourd’hui ?
L’Economie reprend grâce aux mesures drastiques prises par le gouvernement. Nous arrivons à payer les salaires. Nous avons bon espoir d’éponger les dettes et de permettre la relance de l’économie.
D’après les analyses, le remboursement de la dette Glencore(de 1,5 milliard de dollars ,contractée en 2012)étouffe le Trésor public… Avez-vous trouvé un accord avec ce géant du négoce ?
La dette Glencore a été contractée à une période faste de l’économie pétrolière. Depuis les choses se sont corsées. Nous en avons fait une relecture avec les institutions de Bretton Woods, qui nous accompagnent dans le cadre d’un programme de trois ans. Elle n’est donc plus un obstacle majeur pour le Trésor public. Les discussions entre le gouvernement et Glencore continuent en vue de son rééchelonnement.
Quelle est la contrepartie de l’appui que le FMI apporte au Tchad ? Avez-vous prévu de vendre des actifs détenus par l’Etat ?
Notre stratégie est d’accroitre les ressources intérieures de l’Etat. Le ministère des Finances travaille à augmenter la population des contribuables. Les performances en matière de recouvrement des recettes domestiques sont probantes, et je pense que le Tchad n’a pas besoin de vendre des actifs. En contrepartie, le FMI nous apporte un appui budgétaire. C’est la crédibilité de mesures prises par le gouvernement qui l’ont convaincu. Son crédit salue la bonne volonté du gouvernement en vue de restaurer les équilibres macroéconomiques.
La diversification de l’économie tchadienne apparaît comme la priorité des priorités. Mais le pays part de loin. Quelles sont les pistes du gouvernement pour rattraper ce retard ?
La diversification de l’économie est un des principaux axes de notre plan national de développement. Le monde rural, qui représente 80% de l’économie de notre pays, n’a jamais été financé. Nous voulons notamment donner plus de place au secteur privé. Nous allons ainsi à Paris pour offrir des possibilités nouvelles dans les secteurs sous-financés, voire vierges, de l’agriculture, des mines et de la culture.
Vous comptez attirer des investisseurs, mais le climat des affaires reste pollué par la corruption et les difficultés administratives….
Depuis 2016, le Tchad a significativement amélioré son climat des affaires. La crise actuelle n’est pas seulement conjoncturelle, elle est aussi structurelle. C’est pourquoi nous avons envisagé des réformes. Nous avons par exemple adopté une ordonnance-loi pour encadrer le partenariat public-privé afin de garantir les investissements privés. C’est dire que nous travaillons à l’amélioration du climat des affaires.
Fin décembre, lors du sommet de Yaoundé (au Cameroun N.D.L.R), les six Etats membres de la CEMAC se sont engagés à mettre en œuvre des mesures d’urgence pour redresser leurs finances et remettre à flot les réserves de change de la communauté. Pourquoi ces engagements n’ont-ils pas été respectés ?
Le comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique Centrale a constaté que, huit mois après le sommet de la Cemac ont pris leurs responsabilités. Les indicateurs macroéconomiques montrent que leurs économies repartent, avec l’appui du FMI. Je dirais donc que ces engagements sont en train d’être respectés.
La dévaluation du Franc cfa de l’Afrique centrale fait l’objet de rumeurs. Qu’en est-il exactement ?
La dévaluation est une décision de politique monétaire. Aujourd’hui, les indicateurs économiques ne permettent pas aux chefs d’Etats de la sous-région ni à leur partenaire français d’en parler sérieusement. La question n’est pas à l’ordre du jour.
Propos recueillis à N’Djaména par Madjiasra Nako pour Jeune Afrique
Sélection et commentaire de la Rédaction