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REGARDS D'AFRICAINS DE FRANCE

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Tchad : « Certains pays extérieurs financeraient la construction de mosquées et écoles religieuses au Tchad en y apportant des « idéologies destructrices », Idriss Deby

Après la prière de l’Aïd El-khébir vendredi dernier, le président tchadien a sauté sur l’occasion pour délivrer un message à caractère politique lorsqu’il s’en prend fermement, pour le déplorer à la persistance de divergences entre différents courants religieux. Il a vivement critiqué cette « stigmatisation » considérée comme une « polémique stérile », dans un but précis de « semer la zizanie ». Comme le rapporte nos confrères de Alwihda info dans la parution du 2 septembre. Le malheur du Tchad c’est d’être gouverné par des gens incapables de prévoir les évènements. Il y a un tel dysfonctionnement dans tout l’appareil de l’Etat qu’il ne pouvait en sortir grand-chose de profitable en faveur de l’intérêt général. Du sommet à la base, de grandes institutions à l’administration publique et territoriale en passant par les forces de l’ordre et de sécurité, la conscience professionnelle, l’amour du travail et la probité morale sont une denrée rare. Du moment où personne ne rend compte à personne, on assiste au délitement invraisemblable des valeurs et règles de la société. Surfant sur la vague actuelle de la lutte contre le terrorisme, le président Idriss Deby ne manque aucune occasion pour nous servir le même plat. Devenu spécialiste de formules-chocs et de révélations, assène sans en apporter la preuve irréfutable : « Certains pays extérieurs financeraient la construction de mosquées et écoles religieuses au Tchad en y apportant des « idéologies destructrices ». Il enfonce le clou par une phrase assez péremptoire : « On les connait ». Mais il prend le soin de ne citer aucun pays. Quand on sait l’aversion du Tchad contre le Qatar accusé de soutenir des terroristes, ça ne peut bien être que ce pays en priorité même s’il en existe d’autres.

Avant la brouille diplomatique avec le Qatar, le président Idriss Deby était resté silencieux sur la question des pays qui acheminent via la construction des mosquées et écoles religieuses des idéologies néfastes. Il vante l'esprit de tolérance entre les différentes religions mais affiche une sorte de détermination totale contre les auteurs de troubles : "Les musulmans ont leur place, les chrétiens ont leur place, donc les protestants et les catholiques ont leur place aussi. Le Tchad est laïc mais une République indivisible. Si en 1991 nous avons mis en place le conseil supérieur des Affaires Islamiques, c'est justement pour éviter qu'il y ait des brebis galeuses ou qu'il y ait des agendas extérieurs qui viennent mettre le feu dans la maison", affirme le Chef de l’Etat. Cependant, Suffit-il de mettre en place un Conseil Supérieur pour les Affaires Islamiques pour régler les affaires de rivalités internes et de brebis galeuses ? Révélation encore plus grave faite par le président Idriss Deby lorsqu’il déclare ; "je répète ici, de la manière la plus claire possible, il est de votre responsabilité. C'est ma responsabilité mais je vous l'ai déléguée à vous. Il faut que ça soit clair une fois pour de bon, aucune mosquée ne doit être construite ici dans notre pays, sans notre autorisation, même si c'est 1 mètre carré. Aucune école (madarassa) ne peut être créée et fonctionner sans notre accord. Nous, nous ne partons pas chercher de l'argent ailleurs. Nous connaissons ceux-là qui viennent avec des ressources extérieures, avec des idéologies destructrices ». Aujourd’hui, il se dégage des propos du président Idriss Deby des choses très graves.

Il reconnait avoir délégué des responsabilités en matière d’autorisation de construction de mosquées au Conseil Supérieur des Affaires Islamiques qui n’a pas convenablement fait son travail. On comprend maintenant aisément pourquoi pendant longtemps les mosquées poussent comme des champignons à travers tout le pays. Aucun contrôle administratif ni sur le mode de financement ni sur les aspects purement pratiques concernant les enquêtes de moralités d’éventuels imams de ces nouvelles mosquées. Trop souvent dans ce pays, on laisse faire les choses et ensuite lorsque tout va à vau l’eau, on cherche de boucs émissaires. Dans cette affaire le président de la République ne serait-il pas rendu coupable d’une faute politique ? Comment dans un pays laïc comme le Tchad, on confie des responsabilités si importantes relevant des prérogatives ministérielles comme l’autorisation de construire des lieux de culte (mosquées) à une institution religieuse sans droit de regard ? L’Etat serait bien avisé de jouer la prudence et surtout de respecter scrupuleusement le principe de la laïcité inscrit dans la constitution.

L’implication considérable de l’Etat dans l’organisation du hadj à la Mecque est très discutable en ce qu’il viole allègrement le principe de neutralité de l’Etat vis-à-vis de toutes les religions. Surtout lorsque l’Etat prend en charge le voyage d’un certain nombre de pèlerins. Justement, c’est ici qu’il faudrait laisser agir le Conseil supérieur des affaires islamiques en lieu et place du l’Etat qui ferait mieux de s’assurer du bon fonctionnement des lieux de culte et surtout d’agir avec fermeté contre la construction parfois anarchique des mosquées et écoles coraniques. Le gouvernement doit veiller pour qu’un traitement unique soit accordé à toutes les religions si l’on veut respecter le principe d’égalité devant la loi. L’ouverture d’une mosquée ou église doit obéir aux mêmes démarches administratives de sorte qu’au bout de compte l’Etat assure un contrôle à priori afin d’éviter des situations conflictuelles souvent constatées. Le président tchadien se positionne en chantre de la paix et le garant de l’unité nationale. Tout en mettant en garde, les fossoyeurs de la nation, il lance un appel aux jeunes musulmans de se conformer aux valeurs Républicaines. « En 2007, nous avons suivi la montée de l'intégrisme au Nigeria, mais vous l'avez connu ici au Tchad à Kouno.

Le Tchad ne permettra pas à qui que ce soit de venir perturber la paix et la stabilité, et en particulier dans le domaine religieux. Aucune structure de l'Etat, gouvernement, gouverneur, préfet et autres ne peut vous empêcher de faire votre travail et vous donner des instructions en dehors de moi. Je le répète en des termes très clairs pour que les uns et les autres comprennent : Il n'y a aucune place pour une quelconque forme de prosélytisme religieux au Tchad et ce principe sacré doit être présent dans tous nos esprits. Vous avez donc la responsabilité de faire en sorte qu'il n'y ait même pas, je dis bien, à quelque niveau que ce soit, dans quelque région que ce soit, un problème religieux qui n'apparaisse. Cela est de votre responsabilité, vous devrez aller l'éteindre, avec l'aide de l'administration, avec l'aide aussi de tous ceux qui sont de bonne foi, qui veulent la paix et la stabilité dans notre pays. Tous nos fidèles musulmans doivent se conformer à nos valeurs ». 

Idriss Déby a redis son soutien aux congrégations religieuses pour leur travail de sensibilisation. « Je suis avec vous et je vous reconnais comme une institution qui a un rôle important à jouer. S'il y a d'autres personnalités du gouvernement ou du système décentralisé qui veulent nier cela, ce sera un affrontement, pas avec vous mais avec moi. Ma responsabilité est de préserver ce pays de l'intégrisme, de la violence, du terrorisme religieux, le Tchad ne sera pas comme le Nigeria, ils n'ont aucune possibilité pour venir perturber la paix et la stabilité, et nos valeurs républicaines ». Le gouvernement doit s’assurer du bon fonctionnement des institutions religieuses sans distinction et de promouvoir le respect de la laïcité. La prévention doit être de mise pour éviter des évènements dramatiques comme ceux de Kouno le 29 juin 2008 opposant les forces de l’ordre et les adeptes du gourou Ahmat Tidjani Ismaël Bichara et les premiers attentats suicides perpétrés par les djihadistes de Boko Haram, le 15 juin 2016 à N'Djamena.

Moussa T. Yowanga

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