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25 Octobre 2017

Dans son communiqué de presse daté du mardi 24 octobre titré : « Tchad : Affaire du journaliste Juda Allahondoum :la justice tchadienne est-elle sous influence politique ? » et portant la signature de Cléa Kahn-Sriber, responsable du Bureau Afrique ; Reporters sans frontières condamne justement le maintien en détention du directeur de publication du journal tchadien, Le Visionnaire. L’ONG dénonce une instrumentalisation politique de la procédure judiciaire pour contraindre le journaliste à révéler ses sources. Après plus d’une semaine de garde à vue, le journaliste a été placé sous mandat de dépôt et envoyé en prison hier, 23 octobre, à l’issue d’une audience devant le procureur du tribunal de N’Djamena pour y attendre son procès. Selon le communiqué de l’organisation de défense des droits des journalistes dans le monde, Juda Allahondoum est poursuivi pour « usurpation du titre et fonction de journaliste ». Il avait publié un article dénonçant l’implication d’une entreprise d’aviation tchadienne dans des livraisons d’armes en Syrie. La première audience de son procès est prévue le 2 novembre. Cette accusation contre Juda Allahondoum ne semble fondée sur aucun fait tangible.
En effet, il exerce le métier de journaliste depuis plus de 10 ans au Tchad, avant de fonder Le Visionnaire il y a seulement deux ans. Il était précédemment directeur de publication du journal l’Union et a collaboré à plusieurs médias de presse écrite et radio. Il est détenteur de la carte de presse émise par l’organe de régulation des médias au Tchad, le Haut conseil pour la communication et préside actuellement le Patronat de la presse tchadienne (PPT). Reporters sans frontières « dénonce cette parodie de justice et demande la libération immédiate du journaliste qui n’a fait que son travail », documents à l’appui, déplore Cléa Kahn-Sriber. « Par ailleurs, les accusations grotesques contre ce journaliste laissent planer un doute sur l’indépendance de la justice tchadienne. » Selon toujours cette organisation, le Tchad qui occupe déjà la 121ème place sur 180 dans l’édition 2017 du classement de la liberté de la presse établi par RSF, détient Juda Allahondoum depuis le 17 octobre dans les locaux de la police judicaire de N’Djaména et lui fait subir des interrogatoires afin de le contraindre à révéler ses sources à l’origine de l’article du 11 octobre qui inquiète le pouvoir. En effet, l’article incriminé reprend des informations publiées dans la Lettre du Continent concernant des avions immatriculés au Tchad sous couvert de la compagnie Air inter, qui seraient impliqués dans des trafics d’armes en Syrie.
Selon l’article, la ministre de l’Aviation civile, également sœur de la Première dame du Tchad, avait dans un premier temps suspendu la compagnie aérienne, le 2 août 2017 avant d’annuler cette suspension de façon inexpliquée. La Responsable du bureau Afrique de RSF a indiqué clairement qu’à partir de l’annonce en septembre du gel des visas américains pour les ressortissants tchadiens, que le journaliste lie cette affaire. La ministre est alors limogée et une enquête judiciaire ouverte contre les dirigeants d’Air inter 1. L’article était illustré d’une série de portraits du PDG de Air Inter 1, Tarsi Mathias ; de la Première dame du Tchad, Hinda Deby Itno ; du Premier ministre, Pahimi Padaré ; du PDG de la compagnie ASkyAir, le fils du président Zakaria Deby Itno et de deux autres ministres, dont la sœur de la Première dame. Au Tchad, parler de la famille du président est un sujet tabou que peu de journalistes osent traiter. Ceux qui s’y risquent sont régulièrement inquiétés. Ainsi, le directeur de publication du journal l’Eclairage, Nestor Déli Sainzoumi, est poursuivi depuis juillet 2017 par le frère du président, Daoussa Deby, après avoir publié un article l’impliquant dans un trafic illicite de sucre. Son procès est toujours en cours. A ZB/MTY