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24 Novembre 2017
Dans le souci de participer à l’indignation collective contre l’existence du marché aux esclaves en Libye, révélé par la chaîne télévisée américaine CNN, la Rédaction donne l’opportunité aux femmes africaines en tant que mères, filles et sœurs de réagir avec leur sensibilité face à de telles ignominies perpétrées par des africains sur des africains. Beaucoup des voix comme celle du président de l’Union africaine Alpha Condé et d’autres eurent dénoncé avec la dernière énergie le crime contre l’humanité dont sont coupables les Libyens. Mais d’après vous, une simple condamnation suffit-elle pour que plus jamais de tels actes ne se reproduisent en Afrique ? Que préconisez-vous comme solutions pour mettre un terme à l’esclavage et endiguer le phénomène d’immigration clandestine source de tous les malheurs de la jeunesse africaine ?

Marie-Reine Hassen, économiste, analyste politique, ancienne Ambassadrice et Ministre en République Centrafricaine : « Depuis la mi-novembre 2017, le monde semble découvrir avec horreur que des noirs africains sont vendus aux enchères sur les marchés libyens. Ce crime contre l’humanité se joue depuis de nombreuses années sans réaction de la « communauté mondiale ». Je suis choquée et indignée, mais pas surprise puisque ce phénomène n’est pas nouveau. Depuis longtemps les migrants vendent leurs forces de travail en Libye pour pouvoir financer la suite de leur périple vers l’Occident. Les hommes sont pour la plupart utilisés pour les travaux des champs et les femmes violées et réduites à l’esclavage sexuel. Souvenons-nous que le Guide libyen Mouammar Kadhafi, après l’échec de la mise en place de son projet du panarabisme, s’est tourné vers l’Afrique noire. Kadhafi avait une politique africaine très dynamique. Il a alors été un solide rempart à l’immigration, mais aussi à l’esclavage. Sa disparition a favorisé le chaos actuel. Il a été tué pour empêcher l’Afrique noire d’acquérir son indépendance totale. Tout le continent africain a hélas participé à la destruction de la Libye. Depuis, c’est l’anarchie. Aujourd'hui il existe de nombreux réseaux nationaux et internationaux, extrêmement bien organisés dans la traite des esclaves provenant d’Afrique noire. De nombreux centres sont gérés par le Gouvernement d’Union Nationale en Libye, sans compter les innombrables centres privés. «Je dénonce l’inaction et l’indifférence des Organisations Internationales face à ces millions de personnes vivant en esclavage dans le monde, notamment dans les pays d’Afrique du Nord. L’inaction de l’ONU, qui n’arrive pas accompagner des pays tels que la RCA vers un retour à la sécurité et à la paix et de l’Union Africaine qui est impuissance partout du fait de sa dépendance à l’Europe.» L’inaction de l’Union Européenne, qui a passé des accords avec la Libye pour la laisser traiter ce problème, décidant ainsi de stopper à tous prix le flux migratoire. Le racisme anti-noir des pays du Maghreb et l’indifférence de la Ligue Arabe et l’Organisation de la Coopération Islamique.
Que faire ? L’urgence est tout d’abord de mettre fin à un crime contre l’Humanité. Les États de l’Union européenne, dont la France et la Grande-Bretagne, doivent cesser de légitimer le système des réseaux criminels qui prospèrent ainsi. L’Union européenne est tenue de combattre ces pratiques jusqu’au bout, et de prendre des mesures immédiates pour arrêter ces supplices. Des manifestations géantes doivent se tenir de manière constante à Paris, à Londres, à Bruxelles devant le Parlement Européen, jusqu'à obtention d'une solution concrète pour les migrants en Libye.
J’interpelle surtout les pouvoirs africains. Je pense toujours que les problèmes doivent être traités à la racine. On ne guérit pas un cancer généralisé avec de l’aspirine. Les populations d’Afrique noire se jettent sur les routes de l’exil à cause de la misère, des guerres ou de l’oppression politique. Les gouvernements africains sont les premiers responsables de cette situation car ils montrent une incapacité administrative à œuvrer pour la protection de leur population et pour le développement de leurs territoires. Ils ont créé des situations telles que les gens sont livrés à eux-mêmes et doivent s’échapper pour leur survie. Il est donc impérieux pour nos dirigeants de relancer l’économie pour la stabilité des pays, de démarrer une véritable politique de reconstruction permettant de rebâtir une économie productive, fournir du travail à la population… Je souligne donc ici avec force qu’il est temps de gouverner nos pays pour le peuple et non contre le peuple. Pour changer le mode de gouvernance dans les pays d’Afrique subsaharienne, nous devons avoir recours à de nouvelles ressources humaines, techniques et politiques, recourir à des techniques modernes. C’est le lieu ici d’interpeller la communauté internationale quant à sa responsabilité à apporter son appui à l’Afrique pour la mise en place de méthodologies innovantes en matière de gouvernance et de création d’emplois. En clair : arrêtons les vieilles habitudes assassines pour les peuples et mettons en place des équipes de qualité pour le développement du Continent. C’est ainsi que nous mettrons un frein à ces hémorragies tragiques. »
Grâce Agouna Daciat : « Mon avis personnel sur cela est que l’esclavage ou la traite humaine est un crime contre l’humanité et que l’on arrête. La pauvreté et le manque d’emploi qui poussent les jeunes à l’immigration, ne peuvent pas ouvrir la voie à de tels comportements. Non, et c’est l’occasion aussi d’encourager les jeunes à un esprit de créativité pour leur permettre de trouver des solutions localement, dans nos pays. »
Franco-Malgache Nina Juannie, Gouvernante en Hôtellerie : « Dénoncer et condamner », doivent être suivis par des actes réels. Ici ce n’est pas le cas. Trop de monde le sait via la Télé, réseaux sociaux. Cela a fait certes du bruit, mais les États puissants ne réagissent pas vraiment, sinon les migrants seront déjà libres. La problématique découle de plusieurs facteurs. Premièrement on nous bassine comme des petits sur l’importance des conséquences causées par l’importation des Juifs de 1933 à 1945. Je ne minimise en rien cette histoire, car il faut la connaître et surtout les massacres qui ont eu lieu. On remémore et commémore cet événement malheureux. Après, il y a eu pas assez longtemps les excuses du président français Emmanuel Macron à l’égard des Africains noirs pour l’esclavagisme durant tant d’années de souffrance. Mais, est ce que c’est suffisant ? Aujourd'hui, on ne peut pas parler ouvertement de certaines populations au risque de se faire jeter en prison. Mais l’esclavagisme qui dure encore actuellement, est presque tabou de le dire comme sujet. Moi, je condamne à mon niveau ce manque de réactivité vis-à-vis de certains types (races) de personnes. Il n’y a pas de vies plus importantes que d’autres ? Quand changer a-t-il un tel comportement ou une telle considération ? Malheureusement. Mais il y a aussi ce côté interracial entre les noirs qui s’entretuent au lieu de se lutter pour valoriser leur nature humaine sur cette terre. On pense que les Africains sont faibles et il n’y a pas de réactions pour condamner cela. On laisse faire au lieu de se battre pour changer cette mauvaise image et le préjuger qui pèse sur nous. Tout compte fait, il y a du vrai dans tout ça. Le respect ça se gagne dans n’importe quelle circonstance. Là où je peux en venir, c’est l’Union africaine. Finalement à quoi elle nous sert si les dirigeants ne réagissent pas ? Admettons que si tous les États noirs africains se réunissent ensemble pour combattre l’adversité, je pense qu’on peut faire bouger les choses, même les plus grands obstacles. Mais hélas ! Donc, je considère encore pour ma part qu’il n’y a pas assez de mesures pour libérer ces malheureux qui finalement sont capturés comme des mouches ou des animaux en Libye ou ailleurs sous d’autres cieux ».
Halimé Assidia Mahamat, journaliste et directrice de la Radio Tchad : « Je pense qu’au-delà des discours et des condamnations de principe, il faut passer à l’action. Qu’il y ait des actes forts avec des sanctions et pourquoi pas l’isolation et la mise en quarantaine de la Libye. Les pays africains, l’Union africaine en tête doivent montrer à la face du monde que l’Homme africain « le noir » n’est pas une marchandise. C’est la négation de l’humanité et cela ne peut se faire en terre africaine, respectueuse de la dignité humaine. Et au-delà de cette barbarie, l’Afrique doit plancher sérieusement sur la question de l’immigration clandestine qui la dépouille de ses bras valides. Ceci, en offrant sécurité, justice, répartition juste des richesses et épanouissement à tous ses fils, filles sans exception. C’est en désespoir de cause que les jeunes africains prennent les chemins du désert ou de la mer. »
Jeannine Middrah, Togolaise, étudiante en Communication et chargée de communication dans une ONG au Bénin: « Sur la question de ce qui se passe en Libye, je dirai que tout est à dénoncer. Je suis complètement d’avis qu’on dénonce en grande envergure ces barbaries. En revanche, la réalité est que cet esclavage passe sous beaucoup d’autres formes sur nos propres territoires, et des milliers de personnes en sont victimes, des enfants y compris ! La vraie question est pourquoi ces personnes se sentent obliger de poursuivre un tel rêve malgré tous ces risques et tous les documentaires qui se passent sur nos chaînes, montrant la gravité de l’immigration clandestine ? C’est la pauvreté encore la pauvreté. C’est elle qui pousse les gens à se lancer dans ces aventures. Tant qu’il n’y aura pas de meilleures conditions de vie chez eux, les gens se sentiront obliger de mettre leur vie en danger avec tous les risques possibles. Nous avons beaucoup d’autres formes d’esclavage auxquelles des milliers des milliers de personnes sont livrées bien qu’étant sur leur propre territoire. Nous devons nous mobiliser et lutter pour des meilleures conditions de vie et de travail des jeunes dans nos pays. Je souhaite vivement que la jeunesse des pays Subsahariens se lève comme un seul Homme. Que les jeunes cessent de voter pour des vieux députés à cause de l’argent, qu’on soutienne les jeunes pour qu’ils soient représentés dans nos Assemblées pour faire des propositions, des lois qui aident vraiment la jeunesse ».
Gnadang Ousmane, Franco-Tchadienne, chargée de clientèle pour les transports ferroviaires à Toulouse: « La première fois que j’ai vu en image dans un reportage la réalité subie par les noirs en Libye, fut sur « Complément d’Enquête » avant que l’information ne soit relayée par CNN grâce à l’exploit de notre frère Camerounais qui se bat depuis plusieurs mois pour dénoncer cette, mais en vain. Il a fallu que l’information soit relayée par un média européen et que la voix de Claudy Siar se lève pour qu’un réveil se fasse d’une extraordinaire manière. Plongées dans les émotions, nous nous sommes tous levés comme un seul Homme pour demander l’esclave de l’Homme présent dans ce pays d’Afrique. Vaut mieux tard que jamais, car il est effectivement tant de montrer que nous sommes tous humains avant tout. Ce que je déplore, cette réalité existe depuis bien longtemps dans d’autres pays d’Afrique du Nord, mais aussi en Afrique noire. Pourquoi tant de retard dans la dénonciation ? Cela n’est-il pas de la négligence tout simplement ? Si nous devons remonter à la source, il y a avant tout l’esclavage, ensuite la colonisation et toutes ces conséquences qui nous mènent aujourd'hui à immigrer dans l’espoir de trouver mieux comme moyens de survie. Le problème doit donc être traité à la source, c’est-à-dire à commencer par connaître notre valeur, d’arrêter les complexes légués par la colonisation, à se considérer nous-mêmes suffisamment précieux pour risquer notre vie à ce prix. Ceci passe par l’éducation des jeunes dans les pays les plus touchés par l’immigration, par des opportunités à se construire une vie descente dans leurs propres pays. Ceci passe par la valorisation de nos pays et de notre culture africaine qui donneront à chaque jeune l’envie de bâtir son avenir ici et non ailleurs. Ceci passe aussi par une sensibilisation sur les risques de l’immigration que ça soit sur le parcours jusqu'à l’arrivée. C’est aussi de la responsabilité de ceux qui sont en Europe d’arrêter de faire croire que la vie en Europe est une vie facile au travers d’une réalité mensongère diffusée. Bien sûr les premiers responsables sont nos chefs d’Etat qui ne prennent pas leur responsabilité et se laissent téléguider par les anciennes métropoles et pour qui le seul souci reste leurs propres intérêts. Nous sommes tous responsables. Manifester, c’est bien et ensuite que se passe-t-il ? Que deviennent des trafiquants ? Que deviennent nos frères et sœurs emprisonnés ? La communauté internationale est complice de ce qui se passe, car elle-même à créer cette situation en fermant les yeux sur ce qui se passe actuellement. Mais une chose est sûre si chacun de nous ne met pas la main dans la pâte, ce ne sont pas les autres qui le feront pour nous. L’Union africaine et les pays concernés doivent conjuguer leurs efforts pour rapatrier leurs compatriotes et les pays de transit ou d’accueil doivent effacer de leur mémoire l’idée abjecte que l’Homme noir n’est rien. Ceci doit être intégré dans leur programme et la sensibilisation doit se faire auprès des jeunes. L’esclavage de l’homme noir se fait malheureusement dans beaucoup de pays sous des formes différentes. Disons stop à l’esclavage de l’Homme noir en Libye, mais stop à l’esclavage partout dans le monde. C’est l’occasion de mettre en place des programmes et des centres de suivi post trafic dans tous les pays où ceci est pratiqué pour que cela cesse à jamais. Quand on est femme, une maman, voir les images vues ces derniers jours, c’est voir au travers de tous ces hommes et femmes un de nos enfants qui se fait torturer. L’Homme noir doit enlever les prisons construites dans son subconscient pour se créer une vie libre et digne et éviter de solder sa vie à tout prix. Paix aux âmes de tous les disparus. Continuons le combat tous les jours où que nous soyons avec les moyens que nous avons. La lutte ne s’arrête pas aux manifestations publiques, mais commence à cet instant-là par la prise de conscience ». Au vu des dernières actualités concernant le rapatriement des migrants, le retour vers le pays d’origine ne devrait pas être systématique. La communauté internationale, la France et tous ceux qui sont à l’origine de cette migration doivent prendre aussi leurs responsabilités en accueillant ceux qui ont déjà tout perdu y compris leur dignité. Le retour au pays sans solutions à long terme n’était pas une solution. »
Lamatha Sandra Topona artiste chanteuse tchadienne, vivant au Bénin : « Personnellement, j’ai été toujours contre l’immigration clandestine. Si partir est une solution, alors qui restera ici pour construire l’Afrique ? Ils ont certes choisi de partir, c’est leur choix, néanmoins aucun être humain ne doit subir l’esclavage sous toutes ses formes. J’espère que ce phénomène sera rapidement éradiqué et que justice soit faite, tout en espérant que les Africains et les Africaines ouvrent enfin les yeux sur leur véritable place dans la société humaine et dans le monde ».
Tassi Fatimé, étudiante tchadienne en journalisme au Niger : « La situation actuelle en Libye est non simplement misérable, sans valeur, mais aussi condamnable. C’est un acte inhumain. Comment peut-on prendre un être humain, encore moins un frère (africain comme soi) et le vendre comme un objet ou une marchandise ? A-t-il choisi d’être noir ? C’est plutôt la jalousie qui ronge ces libyens car le noir est de nature plein de charme et de bravoure. La condamnation à elle seule suffit parce qu’en étant une femme et une future mère de sur quoi une africaine et fière de ce sang noir qui coule dans mes veines et non leur eau de javel qui coule dans le leur, je ne sollicite pas la mort d’un être humain afin de parler de la peine de mort. Mais je souhaite de tout cœur que ces sauvages de libyens sans cœur soient condamnés à perpétuité. Si aujourd'hui le monde noir fait face à un tel acte barbare, la faute revient tout simplement à nos dirigeants noirs africains. On ne sait pas si ces derniers sont à la tête juste pour l’ornement ou juste par plaisir. Si seulement ils jettent un coup d’œil dans le secteur alimentaire, nous n’allons même pas parler de l’immigration aujourd'hui. Car ces immigrants ont tout simplement faim et soif dans leur terre natale. Que l’Etat prenne ses dispositions et assure la sécurité de ses enfants. C’est déplorable et honteux de voir et laisser son enfant être vendu et utilisé ailleurs. Cependant, qui sont ceux « deux fois plus cyniques et malhonnêtes « qui soi-disant achètent les noirs mis en vente ? »
Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara