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REGARDS D'AFRICAINS DE FRANCE

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Libye : Claudy Siar déchaîné contre le mutisme des dirigeants africains par rapport au marché d’esclaves

S’il y a un sujet éminemment important dont la presse africaine a très peu abordé voire occulter cette semaine, c’est bien celui de la résurgence odieuse et inacceptable de la pratique de l’esclavage observée en Libye, dénoncée fermement par Claudy Siar, producteur et animateur radio dans une vidéo ajoutée le 15 novembre sur sa page Facebook et vues par 2 059 820 internautes. Ce délicat sujet a également fait l’objet d’un titre fort percutant « Libye : des migrants vendus comme esclaves » dans les colonnes de notre confrère RTBF signé par Laurence Brecx et publié le 14 janvier. L’esclavage est loin d’être une survivance révolue malgré son abolition officielle dans le monde, respectivement en 1833 dans les colonies britanniques, en 1848 dans les colonies françaises, en 1860 dans les colonies hollandaises, en 1866 dans l’ensemble des Etats-Unis et en 1869 dans les colonies portugaises. C’est plus tard en 1964 que le monde arabo-musulman mettra fin officiellement à l’esclavage ! Cependant, selon la convention des Nations Unies sur les droits de l’Homme, le phénomène a perduré encore jusqu’en qu’en 2000, entre 5 et 14 000 personnes étaient esclaves au Soudan, certaines sources faisant état de 100 000. L’esclavage est encore un sujet tabou en Mauritanie où il n’a été formellement aboli qu’en 1980 et dans les monarchies et sultanats du Golfe.

 Descendant d’esclaves africains, Claudy Siar se dit à la fois en colère et triste de voir se dérouler devant ses yeux, aujourd’hui en 2017, des scènes humiliantes et insupportables de vente des migrants comme esclaves, semblables aux bêtes de somme comme il y a presque 170 ans auparavant lorsque ses ancêtres furent déportés de l’Afrique vers l’Europe et d’autres parties du monde.  Il se demande comment ce qui était obtenu par des accords passés entre des peuples c'est-à-dire l’abolition d’esclavage refait surface en Libye où des jeunes africains fuyant le manque de vision d’avenir dans leur propre pays sont vendus comme des marchandises. « Un grand garçon fort pour les travaux dans les champs », s’écrit un homme que l’on ne voit pas. C’est une vidéo qui montre une vente aux enchères des jeunes migrants faits prisonniers en Libye. « 900, 1000 », Les enchères en dinars libyens grimpent. Le jeune homme natif du Nigéria sera adjugé 1200 dinars, soit 340 euros.  La vidéo de cette vente surréaliste a atterri au mois d’août à la rédaction de la chaîne américaine CNN qui a décidé de mener une enquête afin de vérifier si des esclaves sont effectivement vendus en territoire libyen. Une journaliste se rend alors sur place et assiste en direct à une vente aux enchères des jeunes africains. L’organisateur lance les enchères criant « 600 », « 650 » jusqu’au dernier enchérisseur. En moins d’une dizaine de minutes, douze migrants ont été achetés par leurs nouveaux maîtres. Témoin oculaire de l’ignoble scène, la journaliste a filmé discrètement la vente.

Il existe donc une preuve matérielle qu’aujourd’hui des hommes sont réduits à l’esclavage en Libye. Claudy Siar rend hommage au courage des jeunes africains qui ont décidé de partir de chez eux en bravant le désert, la mer, la violence des groupes armées et qu’à l’arrivée à Lampedusa ou ailleurs en Europe ils soient humiliés. Il dénonce vigoureusement, les accords abjects conclus entre l’Union européenne et la Libye d’une part, entre l’Italie et la Libye de l’autre pour stopper l’arrivée des migrants. Ces préoccupations sont partagées avec le Haut-commissaire aux droits de l’Homme des Nations unies pour qui, « ces déplacés subissent des horreurs inimaginables ». Il va plus loin en ajoutant que : « la souffrance des migrants détenus en Libye est un outrage à la conscience de l’humanité ». Malheureusement, le flux migratoire continue. Chaque année, des milliers de migrants tentent de regagner l’Europe en passant par la Libye. Ce qui alimente le réseau de passeurs qui font fortune sur le dos des migrants moyennant une hypothétique traversée de la mer. Lorsque la somme exigée par les passeurs ne suffit pas alors ils sont vendus, comme l’atteste Victory, un Nigérian de 21 ans, emprisonné dans un centre pour migrants de Tripoli. « Sur le trajet pour venir jusqu’ici j’ai été vendu. Après la première semaine, ils commencent à te frapper pour que l’argent arrive plus vite. J’ai mis 8 mois avant de pouvoir payer et de pouvoir partir. Si vous regardez la plupart des gens ici, si vous regardez leurs corps, vous verrez des cicatrices. Ils sont battus avec des câbles électriques. », dit-il.  Beaucoup de jeunes gens comme Victory sont pris par les garde-côtes libyens et sont prisonniers en attendant d’être renvoyés vers leur pays d’origine.

 Claudy Siar critique ouvertement l’attitude irresponsable des Etats africains qui ferment les yeux et ne font rien pour aider ces jeunes désemparés. Il n’est pas tendre avec les dirigeants, les intellectuels, les journalistes du continent qui ne disent rien par rapport à cette bassesse humaine. Personne ne se révolte ! Il s’en prend à tous ceux qui ont de l’argent et la visibilité comme les footballeurs auxquels on peut ajouter les chefs d’entreprise et d’autres qui brillent par leur mutisme sidérant devant quelque chose de gravissime. On observe un silence radio de la part des personnalités religieuses de tous bords confondus dont l’autorité morale est pourtant reconnue. Il s’étonne qu’on laisse les jeunes se faire vendre comme esclaves. Qu’est-ce que les descendants d’esclaves comme lui, peuvent-il penser ? se demande-t-il ? Il tente une explication en disant c’est donc ce qui s’est passé avec nos ancêtres il y a donc plusieurs siècles ! On ferme les yeux, vous ne comprenez pas ce qui joue, s’interroge-t-il ? C’est l’avenir d’une part de l’humanité voire de toute l’humanité, lorsque des êtres humains sont capables de vendre d’autres êtres humains, ils s’empoisonnent eux-mêmes, ils se privent de l’humanité, répond-il à sa propre interrogation. 

Et lorsque les personnes ferment les yeux sur cela, ils se privent de l’humanité, ils rusent avec les principes d’égalité, d’honnêteté, de respect de l’autre, de démocratie, insiste-t-il. Mais de quelle démocratie parle-t-on ? Et ceux et celles qui subissent ne sont donc plus des êtres humains, se désole-t-il ? Il conclut son message en lançant un vibrant appel aux dirigeants africains de se lever et de réagir sans attendre que le peuple se mette en grève. Jusqu’à quand les potentats africains vont-ils profiter de la manne du pétrole ou d’autres matières premières de l’Afrique en dissimulant l’argent au Paradise papers et les villas à l’étranger ? les met-il en garde. Lorsque le continent est confronté à une telle adversité, les Africains doivent savoir compter d’abord sur eux-mêmes en faisant preuve de solidarité et de combativité à tout épreuve. Par conséquent, l’attitude des chefs d’Etat, au premier rang desquels le président en exercice de l’Union africaine Alpha Condé et le président de la Commission, le Tchadien Moussa Faki n’a pas du tout été à la hauteur du défi à relever. S’il y a une pensée d’un homme politique qui résume parfaitement la situation inqualifiable subie par les migrants africains en Libye, c’est bien celle du président Zimbabwéen Robert Mugabe lorsqu’il dit : « Si les chiens et les cochons connaissent leurs compagnons, les êtres humains peuvent-ils rester des êtres humains s’ils font pire que les cochons ?   

Moussa T. Yowanga

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