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15 Novembre 2017

«Avec le pétrole, de nouveaux langages sont sortis : augmentation des prix, augmentation de salaire, augmentation, augmentation… La réalité nous a rattrapés, maintenant on refuse de revenir en arrière. Mais on est obligé de revenir en arrière, on va être là où on était en 2003... », a lancé impuissant et sans détour Idriss Deby Itno. Telle est la déclaration substantielle faite par le président Deby devant son auditoire samedi 11 novembre lors de l’Assemblée générale ordinaire des commerçants du parti au pouvoir. Que faut-il retenir d'une telle sortie ? À l'évidence pas grand-chose. ... sinon la fuite en avant d'un homme qui se dérobe allègrement devant ses responsabilités. Son discours est symptomatique d'une gouvernance à l'emporte-pièce qui a fait la part belle à la médiocrité, à la corruption et au détournement à grande échelle des deniers publics dont, lui et ses acolytes ont systématiquement pillé depuis bien avant l'ère pétrolière et avec une forte embellie dans l'enrichissement illicite de grande ampleur, pendant la période dite faste où, l'or noir coulait à flot. Pendant les premières belles années où le prix du pétrole était à son plus haut niveau, monsieur Deby n'a pas songé un seul instant à échafauder une politique saine de gestion de la chose publique, encore moins une planification et une projection sur l'avenir, en anticipant les imprévisibilités des cours de cette manne sujette à des fluctuations depuis toujours.
Pire, il a navigué à vue, dans une forme d'insouciance et de foutoir invraisemblable à tel point qu’on peut se demander si le navire économique Tchad avait un commandant à bord ? De toute évidence non; dans la mesure où, la corruption et le détournement se sont accentués et sont devenus le gage de réussite et de loyauté envers le système, à tel point que les auteurs de ces forfaits ne s'en cachent plus. Ils affichent leurs mirifiques réussites au grand jour, dans une exubérance pour ne pas dire exhibition frisant le mépris des citoyens honnêtes qui, se dépatouillent pour survivre dans ce pays qui s'apparente de plus en plus à une jungle. Monsieur Deby n'est pas seulement fourbe, quand il distille un discours aussi brumeux sur la situation économique du Tchad, mais il est aussi de mauvaise foi, dans la mesure où il feint de ne pas reconnaître les multiples causes de cette descente aux enfers.
Etant l'artisan d'un système tentaculaire et maffieux qu'est le Mouvement Patriotique du Salut (MPS), le parti de la majorité, vivant aux frais des contribuables Tchadiens depuis des belles lustres en promouvant systématiquement la corruption, la gabegie, le favoritisme, le détournement et toute forme de compromissions morales et physiques qui sont inéluctablement à la base de la mauvaise gouvernance, corollaire direct de la déconvenue économique qu'on nous sert en soupe populaire. Il doit au moins reconnaître sa responsabilité dans la désagrégation de ce pays. Un vrai homme d'État doit avoir l'étoffe nécessaire pour assumer ses responsabilités en pointant du doigt les vrais coupables des détournements sans cesse exponentiels qui ont plongé notre pays dans cette pseudo crise. Mieux, monsieur Deby rendrait service à la nation en démissionnant simplement de son poste car il a lamentablement échoué durant 27 ans règne.
Tahirou Hisseine Dagga, correspondant spécial à Strasbourg en France