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18 Janvier 2018
Chronique de l’économiste et analyste politique tchadien, Kébir Mahamat Abdoulaye

Contrairement à ce que pensent beaucoup de tchadiens à tort, le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad (y compris ses différents services sous tutelle) n'est pas une institution de l'Etat mais une organisation associative privée, indépendante et d'utilité publique. Il est important de rappeler que le Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad (CSAI) était créé plus tard après la construction par l'Arabie Saoudite (le feu roi Fayçal Ibn Abdelaziz) de la grande Mosquée Roi Fayçal de N'Djaména en 1973, afin d'assurer les activités de cultes musulmans. C'est l'une des belles œuvres du feu Président François NGarta Tombalbaye de confession chrétienne qui a laissé un héritage historique, inoubliable.

Malgré son caractère associatif, privé et indépendant, il était instrumentalisé plus ou moins par les différents pouvoirs successifs à travers la nomination l'imam de ladite mosquée et de facto devient le président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques. Ce traitement de faveur politique que jouissait le CSAI lui conférait une grande influence religieuse, politique, morale dans le pays et de facto le président du CSAI devient non seulement une personnalité religieuse mais aussi politique suivant ses discours politico-religieux auprès des autorités politiques, administratives et des populations. Ce qui a emmené certains de déborder du cadre de leur mission respective pour se livrer à des manipulations politiques et autres activités partisanes au sein de la communauté musulmane. D'où l'absence de la neutralité politique et au sein des courants islamiques qui était souvent observée et évoquée. Aujourd'hui l'autorité religieuse, morale...du CSAI ne fait pas l'unanimité au sein des musulmans en raison de sa domination par la confrérie Tidjanite, son allégeance au pouvoir et obstruction faite aux autres organisations musulmanes non tidjanistes de fonctionner correctement.
Certains présidents pendant leur passage à la tête du CSAI et de leur rôle d'imam de la grande mosquée de N'Djaména ont montré des comportements communément appelé "imam du pouvoir" comme à l'exemple du célèbre Cheick et Moufti de la Syrie, Ahmad Badr El Din El Hassoun. Ils apportaient des soutiens inconditionnels au pouvoir sans exprimer de moindre critique ou reproche face à certaines dérives des régimes auxquels ils observaient une allégeance absolue. En outre la proximité et collusion entre rôle religieux et politique (imam du pouvoir) exercé par les différents présidents du CSAI avaient créé certaines polémiques sur la véritable mission et notamment du vrai statut CSAI. Officiellement l'Etat par son caractère laïc n'accorde aucun financement et aucune subvention au CSAI malgré ses énormes dépenses de fonctionnement et d'investissement. Mais pour assurer son fonctionnement, le CSAI et ses différentes structures sont financés par des donateurs privés nationaux, internationaux et par ses recettes propres.
La question sur les sources de financement surtout extérieur pour la construction des mosquées, écoles, hôpitaux dans le pays fait l'objet de bataille et influence au sein de la communauté musulmane du Tchad. C'est la seconde cause de discordes, polémiques entre le Président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques devenu pratiquement sous la coupe des Tidjanites (une confrérie Soufie de l'islam contemporain crée par Ahmat Tidjani en 1782 en Algérie, avait grandi au Maroc et très présente en Afrique de l'ouest) et les autres groupes comme Ansar Al sounna. Le CSAI dominé par les Tidjanites à sa tête le feu Cheick Hassan Hissein Abakar qui a officialisé son appartenance au Tidjaniya après sa rupture avec les pays du Golfe principalement l'Arabie Saoudite (pays d'une partie de ses études supérieures) et aussi des principaux bailleurs au Tchad comme la construction de l'université Roi Fayçal et autres infrastructures, voulait être le principal interlocuteur et contrôleur de ces financements mais sans base juridique et institutionnel. Ce que les autres organisations sunnites contestent la légitimité et la légalité de cet acte. Il faut rappeler que ces financements extérieurs passent parfois dans l'opacité et produisent des enrichissements personnels au détriment des fidèles musulmans au nom duquel ces ressources étaient mobilisées.
Qu'est-ce qu'il faut faire maintenant ? D'abord il faut clarifier la mission, le statut du CSAI dans le cadre de pluralisme d'activités confessionnelles dans le pays car, la constitution accorde et garanti la liberté des cultes à chaque citoyen dans la tolérance, la paix et toute forme de violence, d'extrémisme au nom de des convictions religieuses en général et de l'islam en particulier doit être rejetée et combattue. Enfin il faut préconiser à travers sa mission et son statut que le Président du Conseil Supérieur des Affaires Islamiques du Tchad et Imam de la grande Mosquée Roi Fayçal de N'Djaména soit désigné par un autre mécanisme juridico-administratif par un collège d'électeurs que d'être nommé par le pouvoir exécutif notamment par le président de la République. Du moment où cette institution n'est pas un service de l'Etat, sa neutralité et indépendance doivent être préservées de l'influence du pouvoir. Pour être représentatif de toutes les composantes et tous courants de l'islam du Tchad, le CSAI doit être composite dans son organisation, fonctionnement et reflète toutes les sensibilités.