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21 Février 2018
Proposition de l’économiste Kébir Mahamat Abdoulaye : « Les agents de l'Etat acceptent de perdre un mois de salaire en 2018, soit 31 milliards Fcfa d'économies visées par le Gouvernement mais il sera remboursé en 2019. Est-ce une bonne proposition pour arrêter la grève ?»

Alors que le gouvernement et les syndicats campent sur leur position, la situation continue à se détériorer progressivement pour atteindre un point de non-retour si jamais la tendance actuelle se maintient jusqu’à la fin du mois. Le gouvernement affiche un comportement digne d’un père de famille irresponsable et immature. Au lieu de sortir de sa zone de confort pour convier les syndicats à de franches négociations, il préfère tapis dans l’ombre jouer la carte de division et du pourrissement de la situation. Malheureusement, les syndicats tiennent encore bon et lui opposent une résistance farouche. C’est au milieu de ce climat délétère et surtout face au blocage social que l’économiste Kébir Mahamat Abdoulaye a voulu apporter sa pierre de contribution au règlement du conflit opposant les travailleurs et le gouvernement, à l’origine de la grève illimité.
Il met en débat une proposition faite au gouvernement, aux syndicats et aux Tchadiens qui consiste à faire accepter aux fonctionnaires de perdre un mois de salaire en 2018, soit 31 milliards remboursables par l’Etat en 2019. Le seul bémol de cette proposition c’est que le gouvernement chercherait 30 milliards tous les mois et non une fois dans l’année pour espérer avoir les faveurs du FMI. De nombreux internautes n’ont pas hésité à participer à cette discussion qui prouve à quel point les Tchadiens ont de choses à dire sur la gestion de la cité pourvu qu’on leur offre la tribune. Parole au peuple est un espace de liberté où chacun donne son point de vue dans le respect mutuel. L’ensemble de vos réactions à la proposition de monsieur Kébir Mahamat Abdoulaye constitue le 46eme numéro de votre rubrique Parole au peuple.
Adam Kaya Ali se lance en premier dan la discussion adoptant une position peu radicale:«Dans un pays droit c'est acceptable comme solution mais au Tchad non car cela encourage davantage les voleurs »
Mahamat Saleh Dicker se montre absolument catégorique : « Il n'y a aucune bonne proposition pour arrêter la grève. Pour arrêter une grève, il faut régler les problèmes qui l'ont causée. A l'instant où nous sommes, il n'est pas question de juguler une crise mais il faut proposer des solutions durables pour se prémunir contre ces genres des fléaux. Un pays ne peut pas être géré sans prévision. Nous ne faisons jamais des projets à long terme. Comment comprendre qu'un gouvernement puisse fonctionner au jour le jour ? Même si les fonctionnaires arrêtent la grève avec cette modalité, en 2019 ils iront en grève pour cette raison parce que ce système composé des incompétents ne perdra pas leur temps pour concocter un plan pour résoudre cette question définitivement »
Oumarou Adama est amer et résigné : « Mon frère, il n'y a plus un pays de droit en Afrique, avec nos voleurs gouvernants, tout pour eux et leur entourage et rien pour les autres, heureusement chaque chose a une fin »
Mahamat Issa Moussa renvoie la solution vers les détourneurs de deniers publics : « Que ceux qui détournent les sous destinés au trésor public acceptent d'arrêter ce détournement pendant un mois. J'avance pour preuve les dires du ministre Sabre Fadoul lors de son passage à la douane de NGueli. Ainsi, l'État pourra trouver ces fameux 30 milliards. Votre proposition est un pur et simple suicide cher Kébir Mahamat Abdoulaye. Comment les familles des fonctionnaires peuvent joindre les deux bouts sans salaire ? Où trouveront-ils l'argent pour les charges quotidiennes ?»
Kébir Mahamat Abdoulaye interpelle cet intervenant : « Cher frère Mahamat Issa Moussa, la question se pose même si ce que tu dis est important. Ici la préoccupation se trouve lorsque votre masse salariale est supérieure à vos recettes fiscales alors que le critère de convergence de la CEMAC fixe à 35%. Donc, c'est une question de la maîtrise de la masse salariale »
Mahamat Issa Moussa lève l’équivoque : « La masse salariale serait normale, dans les ratios fixés par les textes de la Communauté si elle était consacrée aux fonctionnaires reconnus comme tels. Les faux fonctionnaires, les doubles, triples salaires qui émargent au trésor sont incalculables. Si les coupes sur les salaires s’avèrent être la seule solution, alors il faut un contrôle digne pour déceler les faux diplômes des fonctionnaires »
Abdraman Adoum pointe la crise de confiance entre les parties prenantes : « Oui monsieur Kébir, cela peut être une proposition intéressante pour une sortie de crise. Mais j'ai l'impression qu’entre le gouvernement et ses partenaires sociaux, il y a un manque de confiance. Puisque le gouvernement s'est montré plusieurs fois incapable de tenir certaines de ses promesses... »
Moustapha Bechir se pose de questions : « Pourquoi vouloir forcement et absolument "économisé" sur le salaire des fonctionnaires ? Pourquoi ne pas regarder du côté du « train de vie » de l’Etat ? Rien que pour la mission du 02/02/18 à Dakar pour le sommet de recherche de fonds pour l'éducation, la délégation tchadienne était composée de combien de personnes et qu'est-ce qu’ils ont fait de concret ? As-tu eu l'écho de la voiture du ministre porte-parole du gouvernement à 80 Millions, alors qu'on a fusionné les ministères dans un souci d’économiser…où en sommes-nous avec l'audit des diplômes ? Quel a été le bilan des 16 mesures... ?»
Kébir Mahamat Abdoulaye apporte des éclaircissements à caractère économique : « Le ratio masse salariale sur les recettes fiscales est très excessif. Il dépasse les 100% des recettes fiscales de l'Etat. Or ce ratio ne doit pas dépasser 35% de critère de convergence de la CEMAC. Alors s'il est difficile d'un seul coup de ramener à ce niveau de 35%, il est possible de réduire le volume de la masse salariale soit par une réduction de son montant ou en augmentant les recettes fiscales sans nouveaux impôts et taxes en luttant contre la déperdition des recettes. Nous avons un taux de pression fiscale sur le PIB de 7%. C'est un taux le plus faible de la zone CEMAC et contre 13% la moyenne de la zone CEMAC. Donc il existe une nécessité d'améliorer la gestion de la masse salariale de 150 milles agents de l'Etat qui pèse sur les finances publiques »
Abakar Moustapha voit le problème beaucoup plus en amont : « Le problème est au-delà du salaire des fonctionnaires tchadiens, car tant qu'on ne résout pas les problèmes qui nous ont mis par terre, les mêmes causes provoqueront les mêmes effets »
Abdelkader Soumaïne Nazal compare la proposition à l’effort de guerre sous Habré : «Sans vous mentir, vous me rappelez la situation financière du pays à l’époque de la guerre contre la Libye lorsque les femmes ont commencé à donner l’effort de guerre de leurs parts, qu’on appelle opération or, au temps du régime de Habré n’est-ce pas ? Dans notre situation actuelle, qui peut assurer que l’Etat tchadien ne dispose plus d’argent alors que certains détournent allégrement les fonds publics et les transfèrent même à l’étranger ? Si réellement, le Tchad manque de liquidités, chaque travailleur pourrait accepter de céder un mois de salaire, à condition que l’Etat tchadien ne nous trompe pas comme il a l’habitude de le faire sur nous, mais seulement il est très difficile de faire savoir et accepter aux fonctionnaires tchadiens que le gouvernement tchadien n’ait rien comme économie sachant qu’en ce moment le prix de baril de pétrole est reparti à la hausse sur le marché international»
Yvette Nga-ngo renvoie la balle dans le camp du gouvernement : « Vraiment, mais la charité bien ordonnée commence toujours par soi-même. Essayez de faire comprendre au gouvernement de faire quelque chose pour son peuple. C'est simple aussi si l'on demande à ceux qui disposent actuellement beaucoup d'argent dans leurs comptes de mettre la main dans la poche et faire un geste de générosité. Que les familles proches du président cotisent ne gardant que 10% de leurs bien chacun, les belles familles du Président Deby 5% de leurs biens, les anciens ministres 5% de leurs biens, les militants MPS 2% de leurs biens, les grands commençants et grandes entreprises qui ont gagné de gros marchés avec l'Etat 5% de leurs capitaux. Cela ne pourrait pas faire l’affaire ?»
Kergue Leanne enfonce le clou : « Bien Parler ma Chérie. Vraiment, tu sais bien que ce n’est pas parce que Deby et ses ramassis manquent d’argent, mais juste parce qu’ils veulent torturer les pauvres comme nous seulement »
Yvette Nga-ngo appelle au sursaut patriotique : « Exactement mon frère, l'on peut ainsi dire que quelque part il y a manque de volonté mais je crois en mon bon Dieu en ce temps fort de Carême. Je demanderai au Seigneur de toucher les cœurs et l'esprit des toutes personnes capables d’apporter la solution à la crise mais sont restée indifférentes pour agir »
Abdelkader Soumaïne Nazal s’insurge contre le machiavélisme du pouvoir : « Le problème n’est pas de sacrifier seulement le salaire d’un mois qu’on peut résoudre la crise économique du Tchad, mais l’ambition du gouvernement est au-delà de 31 milliards. C’est celui d’appauvrir le peuple tchadien sans pitié pour l’accompagner dans sa misère totale et son destin ontologique sans lui faire du bien, ni lui expliquer, ni présenter le phénomène et le mécanisme de la crise et les pistes de solutions honorables et fiables afin de résoudre cette crise persistante due au manque de volonté politique et de responsabilités du gouvernement pour l’éradiquer définitivement. S’agissant du mois dont vous parlez, il n’est pas évident d’abattre les salaires des fonctionnaires tchadiens a cause de 31 milliards pendant x temps sans préciser le début et la fin de réduction de masses salariales. Ce n’est pas du tout responsable pour les autorités d’un pays digne de ce nom de se prendre de telle manière en perdant leur prestige et honneur. En réalité, les autorités du pays, n’ont pas de solutions honorables et fiables pour résoudre la crise économique pour le peuple tchadien. Rien de bon ne peut sortir d’elles. Elles contribuent à la destruction du peuple tchadien sur le plan économique »
Moussa Haroun Mahamat pose une question de précision : « Vous êtes sûr qu’un mois de salaire soit 31 milliards pourrait faire l'affaire puisque le gouvernement veut 30 milliards chaque mois afin de solder le fameux 800 milliards ?»
Mahamat Mousa Ouury estime les fonctionnaires doivent faire un effort : « Bonjour cher frère Kébir Mahamat Abdoulaye. Merci pour cet excellent article. Compte tenu de la gravité de notre situation, j'estime que les fonctionnaires d'Etat doivent faire un effort. Je ne suis pas dans la catégorie des fonctionnaires mais étant étudiant et futur cadre de mon pays, je suis prêt à ce sacrifice que cela soit sur le salaire ou les primes. Notre avenir et celui de nos enfants est en jeu. Nous devons pour ceux qui le peuvent, participer à cet effort. Il n'y a pas de petites économies à l’heure où notre situation se dégrade de jour en jour. C’est une question de bon sens. J’espère que votre article sera massivement lu et entendu »
Clément Sianka met un terme au débat en souhaitant une solution : « Je ne sais pas si c'est une proposition sérieuse. Mais moi, je suis pour cette solution. Ils peuvent même juste sacrifier le 13e salaire et gagner les 12 autres normalement et sujet clos. Est-ce que le gouvernement qui a proposé ou ce sont les syndicats qui sont initiateurs de la proposition ?»
Choix et commentaire de Moussa T. Yowanga/Ahmat Zéïdane Bichara