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8 Février 2018
Le dimanche 04 février 2018, l’Archevêque de N’Djamena, l’une des autorités morales de l’Eglise au Tchad profitant de son homélie, s’est adressé du prime abord aux fidèles catholiques sans oublier dans le coin de sa pensée tous les Tchadiens sans distinction, toutefois il commence par une formule consacrée employées entre chrétiens :« Chers frères et sœurs bien-aimés de Dieu ». Dès l’entame de son homélie, Monseigneur Djitangar Goethe Edmond choisit volontairement des termes relativement discutables pouvant prêter à équivoque. On peut se demander à l’écoute des propos du prélat s’il pouvait exister des gens qui ne seraient pas les bien-aimés de Dieu ? Et qui sont les bien-aimés de Dieu, selon le prélat catholique tchadien ? Le paragraphe suivant de son homélie apporte une réponse limpide et sans équivoque à toute personne qui semble être confuse du sens accordé par le prélat aux termes bien-aimés : « Je voudrais avant tout exprimer ma grande reconnaissance à tous ceux et celles qui m’ont porté dans leurs prières à l’occasion du 26ème anniversaire de mon ordination épiscopale. Puisse le Seigneur nous garder dans la cohésion et l’unité comme Eglise-Famille de Dieu. C’est avec une vive préoccupation que je viens proposer à toutes l’Eglise de Dieu qui est à N’Djaména une relecture des trois textes de la Parole de Dieu de ce jour, en fonction du temps présent. Job est un homme éprouvé par différents malheurs qui sont tombés sur lui : perte de ses troupeaux, mort accidentel de ses enfants et abandon de sa femme ».

Monseigneur Djitangar Goethe Edmond, évoque en premier lieu un souvenir personnel à savoir la célébration du 26eme anniversaire de son ordination épiscopale, un événement qui l’a particulièrement marqué au point d’exprimer sa reconnaissance à ses frères et sœurs bien-aimés. Il les appelle à l’unité en ce temps d’épreuves dans le pays, où la situation sociale et économique se détériore plus que jamais. Il s’emploie à persuader ses fidèles par une grande rhétorique religieuse acquise par tant d’années d’expérience. Pour coller à la réalité du moment, il s’inspire de l’histoire biblique très touchante de Job et en fait une restitution factuelle, tel un conteur racontant un récit : « En fait, le livre de Job pose le problème de la souffrance de l’innocent. Job affronte la question la plus terrible de nos vies, celle de la souffrance, notamment celle du juste. L’une des grandes qualités de ce livre, est la vérité et l’actualité des questions qu’il ose poser. Beaucoup d’entre nous se reconnaitraient dans cette histoire. Job a accepté avec une grande patience tout cela mais cette fois-ci c’est sa vie qui est en jeu car des mois d’attente illusoire d’une amélioration qui recule sans cesse, un travail qui n’épanouit pas, des nuits sans sommeil et des journées interminables amènent Job à se fatiguer de la vie et à désirer la mort… ».
Il apparaît curieusement une sorte de similitude entre l’histoire de Job et les souffrances qu’endurent les Tchadiens. Le prélat voulait-il faire passer un message aux autorités tchadiennes sur les effets catastrophiques de leurs choix politiques dans la société, et notamment dans les foyers ? Beaucoup d’internautes ont compris la substance de son message. Et c’est le cas de Laurent Keoul qui n’a peut-être pas attendu l’archevêque terminer de raconter l’histoire de Job pour rappeler une chose évidente :« C'est Dieu qui donne le pouvoir, mais c'est un pouvoir bienfaisant et bienveillant, ce n'est pas un pouvoir qui écrase et qui humilie. Pharaon n'avait-il pas aussi le pouvoir en Egypte quand il massacrait les enfants de Dieu ? ». A-t-il abordé le même sujet que l’homme de Dieu ? C’est encore très tôt de le dire. Puisque cet homme de Dieu de confession catholique n’a pas fini de raconter l’histoire de Job. Djitangar Goethe Edmond reprend la parole et son homélie retient ici le souffle des bien-aimés de Dieu : « Malgré ses cris de désespoir contre Dieu et son analyse pessimiste de la vie, Job garde son cœur ouvert et se confie à Dieu. Il affronte avec courage les épreuves de la vie malgré sa révolte intérieure et la pression de ses amis mêmes si aucun signe d’amélioration ne se dessine à l’horizon. Il dit à Dieu : « souviens-toi Seigneur : ma vie n’est qu’un souffle… » Oui c’est vrai mais Dieu lui répondra plus loin pour dire que ce souffle de vie vient de Lui et que ce souffle est un souffle de la vie divine…Job comprend alors qu’il n’est pas le maître de sa vie et que ni lui ni personne ne doit impunément décider de mettre fin à une vie humaine. En proie à une crise sociale interminable qui semble entretenue et qui fait descendre le plus grand nombre de nos concitoyens dans les profondeurs de la misère, nous risquons d’entrer dans l’impasse. Au lieu d’un dialogue sincère en vue d’une sortie de crise profitable pour tous, on assiste à une escalade marquée par des menaces, des durcissements, voire l’indifférence ; ce qui a comme conséquence immédiate des grèves préjudiciables pour la vie sociale et économique. Nous pensons ici particulièrement aux élèves et aux malades. »
En principe, si l’homélie de l’Archevêque de N’Djaména n’est pas autre chose que le message d’un religieux adressé aux croyants, elle devrait s’arrêter à ce point. Mais Tel n’est pas le cas. Car le prélat est témoin des réalités sociales et son rôle n’est pas de fermer les yeux mais en tant que serviteur de Dieu, il prend position : « Devant la montée des souffrances endurée par les différentes couches sociales, urbaines ou rurales, certains en viennent à se demander d’où le salut viendra-t-il et de quel côté se situe l’Eglise ? L’Eglise est là au cœur de différentes situations, particulièrement aux côtés de ceux et celles qui souffrent. Elle est là présente par les laïcs engagés à différents niveaux de la société, notamment dans la lutte pour la justice et la paix, sur tous les fronts, suivant l’enseignement de ses pasteurs. Il revient aux laïcs de transformer ce monde où nous vivons, à la manière du levain dans la pâte. Cet engagement nous, évêques l’avons à maintes reprises rappelé à travers nos différents messages de Noël. Mais comment vous, nos laïcs recevez ces messages ? ».
Une première réponse à la question posée par Monseigneur Djitangar Goethe Edmond tombe dans son panier. Bernard Docks lui déverse ouvertement ce qu’il ressent, même s’il ne voulait pas appeler le chat par son nom :« Ne brûlons pas les étapes, mais commençons maintenant par agir. Agir combien de fois ? Le gouvernement ne prend pas en considération ce que disent les syndicats. Agir maintenant ». Si Bernard Docks a voulu être tendre avec l’homme de Dieu, Théodore Ponga, un autre utilisateur des réseaux sociaux eut décidé de lui cracher ses quatre vérités : « Mais pourquoi ils deviennent des mendiants au point de bénir Idriss Deby Itno pendant les prestations de serments, organiser des prières politiques comme on a vu le 28 novembre 2017 depuis un certain temps ? » « Mon cher, la prière du 28 est une initiative de l’église catholique par sa commission Justice et Paix et a fait appel à d’autres confessions religieuses. Et les politiciens ont voulu adhérer pour la recherche de la paix et la cohabitation pacifique. Alors comme l’église n’est pas l’ennemi de des hommes politiques, puisque ce sont aussi les enfants de Dieu. Et je pense qu’elle peut transformer ces gens. Ne les qualifions pas des mendiants », telle est la réponse donnée à Théodore Ponga par un bien-aimé de Dieu, en l’occurrence Tchoke Deuba.
Et pourtant, il reste encore une dernière partie très importante d’homélie de l’Archevêque de N’Djamena, considérée comme le paragraphe de conclusion : « Comment vous vous organisez pour les mettre en action dans votre engagement social ou politique comme dans d’autres pays ? Ne brûlons pas les étapes, mais commençons maintenant par agir là où nous nous trouvons, engagez en politique, dans les syndicats et dans les associations de la société civile. Ensemble nous trouverons avec l’aide de Dieu une voie de sortie de crise profitable pour tous. C’est la deuxième lecture de ce jour qui nous rappelle que l’annonce de l’Evangile, activité principale de l’Eglise demande à celle-ci de se faire tout à tous ». « Laisser le temps au temps, Dieu décidera un jour. Ce gouvernement disparaitra un jour. Tout passe la vie continue. Le Tchad demeurera toujours et Fadoul disparaitra», c’est la réponse de l’internaute Dorsouna Namaidissou au prélat catholique. Et un autre internaute, Karim Abdallah Bourham Mahamad de renverser la table à la manière de Jésus renversant les comptoirs des changeurs d’argent et chassant les vendeurs du temple. L’internaute interpelle de manière peu tendre l’Archevêque Edmond Djitangar:« Il a parlé de la souffrance de Job, sa souffrance et sa patience mentionné dans la Bible et le Saint Coran est une mise à l'épreuve que Dieu a prévu pour lui. Aucun humain sur terre n'a souffert et n'aura souffert comme l'était Job. Dites à l'archevêque de rester dans son église et prier pour que les Tchadiens et les Tchadiennes soient sauvés de cette malédiction, qui est la mauvaise gouvernance, et le népotisme que je condamne moi-même. Un chef religieux n'a pas le droit de prêcher la rébellion contre un gouvernement en place. L’église ne doit en aucun cas s'immiscer dans un problème politique... »
Ahmat Zéïdane Bichara / Moussa T. Yowanga