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16 Mars 2018

De nombreux Brésiliens ont dénoncé lors d’une gigantesque manifestation ce jeudi à Rio de Janeiro, l’assassinat de Marielle Franco, une conseillère municipale du Parti socialisme et liberté. Elle était très engagée et incarnait la lutte contre le racisme et la violence policière. Revenant justement d’un rassemblement pour la promotion des femmes noires, elle a été abattue mercredi soir, au cœur de la ville. Sa voiture criblée de balle avait été prise en chasse sur quatre kilomètres par un autre véhicule. Dans l’après-midi de jeudi, un cortège d’au moins 10 000 personnes défilait dans artères de Rio, scandant des slogans contre la violence policière et le gouvernement conservateur du président Temer. D’autres villes comme Sao Paulo, Belo Horizonte et Recife ont également manifesté pour dénoncer cet assassinat ignoble. Des réactions indignées sont également exprimées à l’étranger notamment par l’ONU et l’Amnesty International. « Je suis effondrée », a lancé Ana Paula Brandao, manifestante âgée de 48 ans, avant d’éclater en sanglots. « Elle incarnait tous nos espoirs de nouveauté, c’était une femme noire, des quartiers pauvres, qui nous représentait en haut lieu et défendait toutes les grandes causes nous tenant à cœur ».
Une foule dense lui rendait hommage devant le siège du Conseil municipal avant l’enterrement en fin d’après-midi, dans un cimetière des quartiers Nord. « Les tirs qui ont atteint Marielle Franco, ont aussi atteint la démocratie. Ils ont atteint les rêves des femmes noires de vivre avec dignité dans ce pays qui historiquement ignore les pauvres », a confié à l’AFP Antonio Carlos Costa, président de l’ONG Rio de Paz, tenant une affiche « Qui a tué Marielle Franco ? »). Les réseaux sociaux se sont emparés de l’affaire de l’assassinat de la conseillère municipale pour en faire le sujet le plus commenté sur Twitter, avec des messages de personnalités telles que le chanteur brésilien Chico Buarque, présent lors de la manifestation de Rio. Pour le président Michel Temer, cet assassinat était « inadmissible », évoquant un « attentat à la démocratie et à l’Etat de droit », à la sortie d’une réunion avec plusieurs ministres à Brasilia. Le ministre de la sécurité publique, Raul Jungmann a assuré que « tout serait mis en œuvre pour punir les responsables de ce crime barbare ». L’ONU par la voix de son antenne brésilienne s’est dit consternée, indiquant que Marielle Franco était « une des principales voix en défense des droits de l’Homme » à Rio.
De son côté Amnesty International a réclamé « une enquête immédiate et rigoureuse », afin qu’il n’y ait aucun doute sur le contexte, la motivation et les auteurs de l’assassinat de la Conseillère municipale. « Tout indique qu’il s’agit d’une exécution ciblée, mais nous espérons qu’une enquête approfondie nous apportera les éléments nécessaires pour comprendre ce qu’il s’est réellement passé », a déclaré à l’AFP Glauber Rocha, député du PSOL, présent lors du rassemblement devant le siège du Conseil municipal de Rio. Ces dernières semaines l’élue noire avait critiqué un accroissement de la violence policière dans les favelas, quartiers populaires où vit un quart de la population de la capitale Rio où les autorités mènent une guerre sans merci contre le trafic de drogue. « Combien de gens vont devoir mourir pour que cette guerre prenne fin », a-t-elle publié mardi, son dernier message sur les réseaux sociaux. L’élue noire était sociologue de formation et s’était vivement opposée à la décision du président Temer de confier en février à l’armée la sécurité de Rio pour tenter de contenir l’escalade de la violence qui ne cesse d’augmenter depuis la fin des Jeux Olympiques de 2016. Marielle Franco était désignée récemment rapporteur d’une commission créée par le Conseil municipal pour surveiller d’éventuels abus des militaires.
Moussa T. Yowanga