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17 Février 2019

Confiant et provocateur, Donald Trump a lui-même laissé ouvertement entendre qu’il avait avant tout à l’esprit un objectif politique. «Je pourrais faire le mur en plus longtemps (…), Je n’avais pas besoin de faire cela, mais je préfère que cela aille vite », a-t-il fanfaronné, suscitant, une avalanche de réactions dans le camp démocrate qui y a vu la preuve qu’il n’y avait aucune « urgence nationale ». Conscient des possibles contestations, il a par ailleurs confié s’attendre à ce que des poursuites judiciaires soient lancées contre sa déclaration d’urgence nationale. Mais il ne s’en inquiète pas. «Heureusement, nous allons gagner », a-t-il assuré, affichant une confiance sans doute conforté par les juges conservateurs qu’il a nommés à la Cour suprême, la plu haute juridiction du pays. Toutefois, l’Etat de New York, un fief démocrate, a déjà fait savoir qu’il allait saisir les tribunaux. «La Californie vous donne rendez-vous devant la justice », a lancé le gouverneur de la Californie, Govin Newsom. Les opposants de monsieur Trump l’accusent de basses manœuvres politiques d’un président affaibli par la perte de la Chambre des représentants en novembre et son déconvenue fin janvier dans le bras de fer qu’il avait engagé avec le Congrès sur la question migratoire. L’initiative est vue par la Maison Blanche comme la marque d’un homme qui n’oublie pas ses promesses une fois arrivé au pouvoir.
Le président Trump, qui rêve déjà de la présidentielle de 2020, espère engranger de points auprès de sa base électorale sur la question de l’immigration. «Honte à tout membre du Congrès qui ne s’opposera pas clairement et vigoureusement à cette invocation illégitime » d’une urgence nationale, a dénoncé la très influente organisation américaine de défense des libertés civiles, ACLU. Quelque anciens présidents des Etats-Unis ont déjà en son temps eu recours à ces procédures exceptionnelles, mais dans des circonstances très différentes moins clivantes. Jimmy Carter avait utilisé ce moyen après la prise d’otages à l’ambassade américaine de Téhéran en 1979, Georges W. Bush en avait fait usage après les attentats du 11 septembre 2001. Et enfin Barack Obama y avait recours lors de l’épidémie de grippe H1N1. Selon Peter Schuck, professeur émérite de droit à l’université de Yale, «le fait que le président puisse avoir le pouvoir de gaspiller des milliards de dollars au nom d’une promesse de campagne idiote est, en soi, scandaleux ». Dans une contribution publiée par le New York Times, il estime que le Congrès devrait définir plus rigoureusement les conditions dans lesquelles le président peut avoir recours au «National Emergencies Act », voté en 1976. « Sur le long terme, ce sujet est autrement crucial pour la vitalité de notre démocratie que le fait de savoir si le président Trump aura finalement son mur ».
Moussa T. Yowanga