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15 Mai 2019

A la question posée ci-haut par le Coordinateur du Programme National de Lutte contre le Paludisme au Tchad, correspond une réponse taillée sur mesure provenant des pensées de Louis de Bonald qui affirme à juste titre : « Pour bannir la mendicité, il ne faudrait pas commencer par prévenir l'accroissement immodéré des fortunes. C'est le luxe qui crée la mendicité en faisant naître une population factice pour qui la nature n'a pas semé, on ne voit nulle part plus de misère que là où il y a d'immenses richesses ». Ce libre penseur a parfaitement su trouver la racine de la mendicité décriée par Docteur Djiddi Ali Sougoudi. De plus, Louis de Bonald n’est pas le seul à le constater, puisque Voltaire dans le dictionnaire Philosophique en 1764 l’avait déjà remarqué en disant que : « Tout pays où la mendicité devient profession, est mal gouverné ». Cela semble bien être le cas du Tchad, un pays de la Sous-région d’Afrique centrale, gouverné de main de fer par Idriss Deby Itno depuis 1990. Il incarne un pouvoir qui s'arroge le droit de dépenser les deniers publics comme un budget familial. L'orthodoxie financière est foulée au pied voire sacrifiée au profit d'une gestion calamiteuse et injustifiée. Voilà pourquoi ce n'est presque pas surprenant que le Coup de Badangaï 648 du lundi 22 avril soit titré : «Les Tchadiens, grand peuple éleveur qui se rabat sur les charognes venues d'Arabie-Saoudite!»? Néamoins, Dr Ali Sougoudi a bien fait de se poser cette question pertinente qui mérite bien débat et réflexion dans l'espace public : «Jusqu'au où s'infiltrent les racines de la mendicité au Tchad? Qui sont ceux-là qui se comportent en mendiants alors qu'ils ne sont pas éligibles. La plupart des Tchadiens nantis, responsables du pays, se comporteraient en mendiants et surtout en charognards en acceptant la livraison des carcasses de viandes venant d'Arabie. Notre grand cheptel et notre fierté nationale ne nous empêchent pas de nous disputer les carcasses d'animaux immolés par les pèlerins dans la lointaine Arabie. Oui, nous nous comportons en véritables vautours qui atterrissent sur des cadavres d'animaux convoyés depuis l'Arabie et cela nous enlève tout orgueil ou toute fierté.Quand un peuple perd sa fierté, il entre dans cette déchéance coupable de mendier en tendant la sébile, parfois en violation du bon sens ».
Et ce constat amer que dresse Dr Djiddi Sougoudi sur un phénomène aussi récurent qui mine la société tchadienne en déperdition, semble trouver une réponse adéquate à travers la citation de Mahmoudi Mohamed :«Ne donne pas au mendiant qui a la force de tendre la main».Convaincu et convainquant, Dr Djiddi Ali Sougoudi estime :« qu'en vérité, nos autorités ne doivent pas accepter les carcasses d'animaux tués ailleurs par les pèlerins. Le pays n'est ni en inondation ni en sinistre quelconque pour accepter chaque année de la viande emballée depuis l'Arabie. Le Tchad détient le troisième ou quatrième cheptel le plus grand d'Afrique et il ne nous manque pas de viande. Il nous nous manque une bonne organisation de cette filière pour nourrir les Tchadiens. Nous devons croire au développement et ce développement nécessite de la fierté et du sacrifice. Un peuple qui mendie n'est pas libre pour travailler et se libérer. Arrêtons de croire que toute la solidarité est un gage de développement. Il y a des solidarités ou une assistance qui nous font oublier notre responsabilité à sortir de l'ornière. Le jour où les Tchadiens tournent le dos à toute forme d'aide venant d'ailleurs, ce jour, le Tchad renoue avec sa grandeur».Justement c'est un point de vue que semble amèrement partager Fiodor Dostoïevski dans son ouvrage, les démons de 1871 : «La charité n'atteint pas son but parce qu'elle ne fait qu'augmenter la mendicité».Il n’a pas du tout tort, puisque Alphonse Karr, explique clairement dans une poignée de Vérités d’où provient-elle en estimant que : « la mendicité est la plaie de la pauvreté ». En d’autres termes, pour bannir la mendicité, il faut bien s’attaquer à la pauvreté. Evidemment c’est bien valable surtout pour un pays comme le Tchad compté parmi l'un des plus pauvres de la planète, malgré qu’il soit désigné par l'auteur de cette réflexion comme l’un des plus grands pays d'élevage en Afrique et exportateur du pétrole. Cela paraît tout simplement irréaliste et incompréhensible! Surtout que selon Jean Baptiste Blanchard, dans les maximes de l’honnête homme de 1772 :« la mendicité succombe sous la multiplicité de ses besoins, et ne prend plus conseil que du désespoir ». A bon entendeur, salut !
Choix et analyse de la Rédaction