Informer sans travestir ni déformer, c'est notre combat !
8 Octobre 2009

Ahmat Zéïdane Bichara
Si on veut perdre la raison, il suffit de suivre de bout en bout les déclarations des autorités actuelles de la République française concernant le continent africain. On dirait des personnes atteintes d’hystérie, alors qu’on a affaire à des diplomates chevronnés ou à des Messieurs hors d'atteinte de tout reproche. Ce qui se passe en France est vrai pour l'Afrique: Monsieur Sarkozy et ses ministres décident de tout à la place de leur peuple. Mais en ce qui concerne les peuples d'Afrique, c'est autrement plus grave, car il en va de la survie de ces peuples publiquement considérés comme les éternels retardés de l’histoire contemporaine, voire comme des sous-hommes.
Le plus choquant reste pourtant la récente déclaration du ministre des Affaires Étrangères Bernard Kouchner « le monsieur qui fait pisser debout les chefs d’États africains », suite à la sanglante répression du 28 septembre dernier d’une manifestation de l’opposition guinéenne dans un stade de Conakry : « On ne peut plus travailler avec Dadis Camara », a-t-il dit, en évoquant une intervention internationale. Peut-on savoir ce qui se cache derrière « on » ? Ce « on » représente-t-il « nous les Français » ou bien « Sarkozy et ses ministres » ? Pour qui se prend-il pour s’adresser ainsi au président d’un pays indépendant comme la Guinée ? Ne peut-on donner raison au président putchiste, le capitaine Dadis Camara, qui a immédiatement rétorqué à Koutchner : « la Guinée n’est pas une sous-préfecture de la France », ajoutant qu’en tant que Président, il n’avait pas à « rendre des comptes » à un ministre des Affaires Etrangères ? Pourquoi Dadis a-t-il fait une telle réponse à un de ses « bienfaiteurs » ?
Pourquoi les diplomates français s’adressent-ils toujours de façon méprisante à l’Afrique ? N’y aurait-il pas quelque chose qui les dérange chaque fois qu’un président africain agit sans les avoir consultés ? La France de Sarkozy n’a ni à condamner l'acte criminel d’un dirigeant africain, ni à pointer un doigt sévère vers toute acte sanguinaire nuisant aux innocents peuples d’Afrique. Car c’est bel et bien la France qui fournit des armes sophistiqués et des informations détaillées à tous ces chefs d'Etat africains antidémocrates et tyranniques ! Avant qu’un crime ne se passe, les autorités françaises savent déjà dans quelles conditions il va avoir lieu et avec quels moyens militaires ! Elles suivent à la loupe et protègent leurs présidents africains soumis, et ce sont encore les dirigeants français qui leur font éviter un coup-d’Etat ou tout autre révolte dangereuse pour eux.
Si le ministre français des Affaires Etrangères a réagi de façon indignée à l’égard d’un président que son pays à jadis aidé à arracher le pouvoir par les armes, ce n’est que pour amuser la galerie, et distraire l’opinion nationale et internationale. Mais en réalité tout le monde sait parfaitement que Dadi Camara n’aurait jamais eu les moyens militaires de devenir en quelques mois un « puissant africain » si Sarkozy ne lui avait pas porté main forte en lui fournissant des armes en quantité. C’est pourquoi les autorités françaises feraient mieux de se taire quand le président d’un pays d’Afrique commet un crime quelconque :leur pays est derrière tous les événements qui se sont passés dernièrement au Gabon, au Tchad, en Mauritanie, au Cameroun et dans bien d’autres Etats.
Et ceci nous amène a nous demander ce que veulent les dirigeants français, en continuant d’être présents partout en Afrique, alors qu’il ne devraient plus s'y trouver. A la rigueur, ils pourraient fournir l'aide technique civile dont manquent cruellement les populations africaines. On pourrait alors parler d'une assistance à personnes en difficultés, et non d'une coopération politique qui n'a plus lieu d'être. Depuis les indépendances du continent noir, les pays anglophones ne ressentent que très peu la présence des Anglais ou des Belges, qui ont compris que l’Afrique n’est plus ce qu’elle était. Même si beaucoup de pays anglophones sont encore économiquement dépendants, ils n’ont plus besoin d’une présence, et surtout d'une armée étrangère sur leur sol, pour aller de l’avant. Les Français devaient s'inspirer des Anglais pour pouvoir coopérer d’égal à égal avec les dirigeants africains, et non se comporter toujours en maîtres face à des subordonnés qu'ils méprisent.
Il est temps que la France rende sa liberté à l’Afrique, et si des échanges ou une coopération perdurent, tout doit se faire dans le strict respect des lois du pays et de son peuple. Il faut que Sarkozy comprenne que les Français ne sont pas les seuls à avoir un cerveau. L’Africain et le blanc ont les mêmes aptitudes intellectuelles, et l’un ne doit en aucun cas se sentir plus supérieur ou plus intelligent que l’autre. Les êtres humains sont complémentaires partout où ils sont, égaux devant la mort, chaque être n’occupant qu'un seul tombeau, le sien, même celui qui se considère comme immortel. Ce n’est pas une leçon de morale que nous donnons ici : nous ne faisons qu’attirer l’attention de tous ceux qui s’intéressent à la politique africaine. Et ce que nous écrivons n’est ni un appel à la révolte, ni un acte de racisme à l’égard des autorités françaises, mais une simple participation au devenir du continent africain.