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REGARDS D'AFRICAINS DE FRANCE

Informer sans travestir ni déformer, c'est notre combat !

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Auteur, artiste chanteur et compositeur Kaar Kaa Sonn déclare :"il y a au Tchad, une minorité arrogante de gens qui ont tout, parce qu’ils se croient des envoyés de Dieu sur terre"

Kaar Kaas Sonn, vous êtes auteur, artiste chanteur et enseignant chercheur, défenseur des droits humains, naturalisé français installé à Laval, le tchadien le plus connu de la Mayenne, département de l’ouest de la France. Vous êtes né en 1973 à Sarh au cœur du Sud-Tchadien ; le Tchad ce grand pays d’Afrique centrale. Votre intérêt pour l’écriture est né de sa fréquentation assidue des poètes, dès votre plus jeune âge. Dans les années 2000, vous publiez un recueil de poésies et des nouvelles, mais vous avez eu du mal à les faire partager dans un pays en manque d’infrastructures culturelles de base. « Regards d’Africains de France », le blog-infos d’informations générales vient vers vous pour aborder des questions essentielles qui touchent votre vision politique pour votre pays d’origine le Tchad et pour la France, vos secrets d’écritures en tant jeune auteur, mais bien engagé pour vendre l’image positive de la littérature tchadienne et française à la fois.

Kkar (2)

Nous apprenons qu’au début des années 2000, vous publiez un recueil de poésies (Présomption d’inconscience) et un recueil collectif de nouvelles (Larmes sèches), mais vous avez eu du mal à les faire partager dans un pays en manque d’infrastructures culturelles de base. Gardez-vous toujours en mémoire les souvenirs de ce passé sombre qui avait tenté de vous briser les pattes d’un littéraire engagé ?

Kaar Kaas Sonn-Merci de me donner la parole. En réalité, la difficulté à partager ce qui est écrit au Tchad est due principalement à notre culture orale. Sinon les livres sont toujours là et n’attendent qu’à être lus. Par ailleurs, cela ne m’a pas empêché de continuer, bien au contraire !

Nous sommes en 2014 avec l’ère pétrolière pour votre pays d’origine le Tchad. Le manque d’infrastructures culturelles de base se pose-t-il toujours pour les écrivains tchadiens ?

Je ne dirai pas exactement cela. La culture est une affaire de culture. Vous pouvez avoir des livres, des produits culturels divers, sans que cela déclenche une envie particulière de les consommer. Il ne faut pas oublier le poids du complexe d’infériorité qui pousse invariablement le tchadien à trouver meilleur ce qui vient d’ailleurs. C’est cette culture-là qu’il faut réussir à réorienter. Quand je vais au Tchad, je vais couper du tissu à la polyclinique pour me faire tailler des vêtements, mais on trouve que c’est une honte pour quelqu’un qui vit en France, qui est censé arriver à N’Djamena nippé d’un Yves Saint-Laurent. Ça vient de loin. Pétrole ou pas pétrole, la question est ailleurs, à mon avis. Par contre, on peut réfléchir à une économie de la culture à mettre en place. Pour cela, je suis dispos pour contribuer.

A quarante ans seulement, vous êtes auteur et compositeur, chanteur, enseignant et chercheur, défenseur des droits humains, homme politique, etc. Êtes-vous heureux de l’être ?

Je suis simplement citoyen attentif aux choses de la cité, en tant que destinataire premier et dernier des décisions politiques qui me concernent. Voyez-vous, aujourd’hui, le tchadien passe pour un criminel professionnel en RCA. Je ne suis pas sûr que la question géostratégique d’aller faire péter la Kalachnikov dans ce pays frère ait été soumise à l’approbation des Tchadiens. Mais, le résultat est que nous sommes tous mis dans le même panier – ceux qui soutiennent et ceux qui désapprouvent ! Je me rappelle en 98, j’avais étudié à Bangui. Les Tchadiens n’étaient pas bienvenus dans certains quartiers de Bangui à cause de leur zèle dans les événements douloureux qu’avait connus ce pays. Idem pour la France lorsqu’elle intervient ailleurs. Donc, en tant que citoyens, nous avons le droit de donner notre opinion. Personne ne détient la vérité.

Dans tout cela, est-ce que cela est grâce au Tchad votre pays d’origine ou bien c’est grâce à la France votre seconde nation ?

Grâce surtout à mes parents qui m’ont donné une éducation du travail.

Monsieur Kaar Kaas Sonn, vous vivez en France, vous chantez et écrivez vos romans littéraires toujours dans ce pays. Vous enseignez des étudiants français, mais votre regard est fixé vers le sud du Sahara. On le découvre en vous lisant ou à travers des photos souvenirs que vous publiez par le biais des réseaux sociaux. On ressent en vous l’image d’un homme préoccupé par ce qui se passe en Afrique et surtout au Tchad. Finalement vous sentez-vous heureux d’être en France ?

Oui, je suis parfaitement heureux de vivre en France ! C’est un choix personnel, comme un homme d’Abéché qui décide de s’établir à Mongo ou Doba. Nous sommes des êtres humains, libres. Si nous ne bougions pas, le mot liberté n’aurait plus aucun sens ! Les limites des États ne sont que des inventions grotesques des êtres humains pour assouvir leur cupidité, leur égoïsme – l’histoire récente nous le rappelle, à propos du Soudan, notre voisin ou de l’Ukraine. À ce sujet, le football professionnel est un bon exemple dans l’insignifiance des frontières – malheureusement, les textes fondateurs de l’UA proclament avec une vigueur insoupçonnée l’intangibilité des frontières issues de la colonisation ; comme si nous étions les parfaits épigones de la colonisation ! Prenez le PSG, le Real de Madrid, le Bayern, etc., ces clubs sont des foyers cosmopolites. Et pourtant, leurs jeunes joueurs savent qu’ils ont un objectif commun et se donnent les moyens d’y arriver, pour le grand bonheur de leurs supporteurs. Pourquoi ne solliciterait-on pas à un DSK, un Sarkozy, un Bill Clinton, un Mohammed Yunus, etc. de mettre leurs compétences au service des autres comme on le fait si bien dans le football ? On pourrait ainsi profiter tous de ces compétences avérées pour se développer – si notre développement ne tenait qu’au manque de compétences. Remarquez qu’en dépit de toutes les grosses têtes pondues par les grandes écoles – Harvard, Ena, Polytechnique, etc.- que compte l’humanité, seuls les sportifs ont compris les enjeux. Vous trouvez cela normal ?

Que cherchez-vous pour le Tchad votre pays de naissance et pour cette France que ses fils et ses filles décrivent comme un grand pays ou comme une « France forte » quand cela vous arrive à penser développement économique, social et surtout politique ?

La paix, l’amour et le bonheur. Or, il est difficile de bâtir ces vertus sans une certaine intelligence, non pas celle, absurde et inique, qui consiste en une compétition d’écervelés pour le bien exclusif des uns au détriment des autres – il y a au Tchad, une minorité arrogante de gens qui ont tout, parce qu’ils se croient des envoyés de Dieu sur terre et les autres, qui doivent trouver de quoi distraire leur misère. Plutôt que d’emmagasiner de l’argent à la maison, ils feraient mieux de l’investir pour le bien de tous. Mais ils s’étonneront un jour que les autres veuillent leur reprendre tout ce qu’ils leur ont volé. La France, quant à elle, institue un système de prédation en Afrique pour prendre les biens qui l’intéressent, sans tenir compte de l’existence des gens qui vivent dans ces coins. Par ailleurs, elle impose – mais pour ça, je pense qu’elle n’est pas seule- un modèle de développement qui a montré ses limites chez elle-même -par ces temps de crise, on apprend des absurdités comme : « la terre n’a jamais compté autant de milliardaires qu’en 2013 » ! Voyez où l’on en est actuellement : la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie ploient sous le fardeau des décisions de l’UE et des institutions financières. Et bientôt la France — placée sous une surveillance renforcée de l’UE- se verra probablement assujettie à cette politique, qui en dépit de ses bonnes résolutions ne fait qu’aggraver la misère sociale et augmenter les dettes publiques qu’elle est censée faire baisser. La démocratie européenne agonise ; les peuples ne se sentent plus représentés, en témoigne le fort taux d’abstention, arme de dépit massif. Les décisions sont prises par des institutions européennes pas tout à fait légitimes, dont le rôle semble celui de servir uniquement le capital au détriment des peuples. Cela fait monter des partis extrémistes un peu partout dans l’euroland. Il est vrai que l’on parle de croissance dans certains pays africains aujourd’hui. Néanmoins, l’économie de la croissance se projette sur un horizon temporel relativement court. Ce modèle économique imposé asphyxie des gens en Afrique qui ne pensent qu’à gagner l’Europe. Or, on trouve que ces gens exagèrent en cherchant à échapper à une misère que le système libéral a créée de toutes pièces. C’est de l’esclavage idéologique. Nous sommes des humains, dotés d’une certaine intelligence –même s’il est permis d’en douter des fois- qui pourrait nous permettre d’envisager autrement les choses. Je me bats pour ça.

Monsieur Kaar Kaas Sonn, lorsque l’on survole votre espace Facebook, on découvre une personnalité politique qui ne manque pas des mots durs pour critiquer les autorités tchadiennes quand ils posent des actes malveillants. En revanche vous êtes le même qui leur attribue des encouragements quand ils posent des gestes courageux ou lorsqu’ils sursoient à leurs décisions. Qu’est-ce qui explique un tel courage de votre part ?

Parce que, contrairement à ce que vous pensez, je ne fais pas de politique. J’ai envie d’exprimer ma reconnaissance aux gens quand ils posent un acte bénéfique pour la communauté, sans pour autant m’empêcher de leur dire quand cela ne va pas. Si possible, leur faire des propositions, car personne ne détient la vérité, sauf à faire concurrence aux divinités.

Vous êtes né à Sarh, cette région qui a vu naître le premier président tchadien François Ngarta Tombalbaye. Si nous vous demandons de parler d’elle, quels sont les mots qui sortent les premiers de votre pensée ?

Mes parents étaient venus étudier à Sarh où je suis né. Mais je ne connais pas Sarh. J’ai dû y aller deux fois, pour un séjour très court d’enregistrement de musique –qui a mal tourné, car un incendie avait ravagé le studio de la mission catholique et mon disque avec ! J’ai eu beaucoup d’émotion, peut-être parce que c’est là qu’est enterré mon placenta. Mais je n’ai pas beaucoup d’histoire avec Sarh.

Vous arrivera-t-il un jour de défendre la ville de Sarh lorsque vous constatez qu’elle est défavorisée par rapport à d’autres régions de votre grand pays en termes de développement économique, social et éducatif ?

Pas uniquement Sarh, mais partout où l’injustice semble régner. Personne n’ignore que Sarh est volontairement asphyxiée actuellement. Il ne peut y avoir de développement d’un pays en investissant massivement dans certaines zones au détriment des autres. Cela engendre de la frustration et des rancœurs. Il est plus facile de maintenir la paix sociale que de la rétablir. Alors, réfléchissons à ce qui pourrait favoriser cette paix plutôt que de chercher à enfoncer des régions sous de prétextes d’un autre âge. Je ne connais pas assez le Tchad profond, mais si je vais dans une région et constate qu’elle est « punie » ou défavorisée, je le dirai avec le même flegme, la même lucidité. Ou c’est un pays indivisible ou il faudra redéfinir la forme de l’Etat.

En tant franco-tchadien, est-ce que le retard en termes de développement de votre ville natale vous concerne-t-il encore ?

Oui, comme celui d’Abéché, de Bol, de Doba, d’Amtiman, etc. Si nous voulons un Tchad uni, unique et indivisible, nous devons faire de telle sorte que tous les tchadiens se sentent fils de leur pays et bénéficient de la même attention, de la même répartition des richesses nationales. C’est une question d’équité et de principe. Vous pouvez investir pour construire votre village, mais avant, prenez exemple sur le palais impérial de Bokassa à Berengo ou celui de Mobutu à Gbadolite. Quel gâchis !

En survolant certains articles des sites qui ont décidé de parler de vous et de vos talents d’artistes, nous tombons sur une petite écriture qui a choqué notre rédaction : « il y a quelque chose du griot dans la démarche du musicien, etc. ». Pour nous, Kaar Kaas Sonn est un artiste, il n’est pas un griot. Point, finale. Et vous, que dites-vous ? Sont-ils des racistes qui veulent nuire à votre personnalité ?

Oui, je suis un griot. Le griot est celui qui dit des choses, bonnes ou mauvaises aux oreilles qui l’entendent. Ce qui se passe au Tchad n’est pas du griotisme, c’est de la flagornerie de bas étage, comme au temps de Habré. Je n’ai jamais compris comment le chef de l’Etat, qui est intelligent, peut accepter ce genre de pratiques. On peut lui reconnaître des actes courageux, c’est même très humain. De là à se bidonner de louange, c’est abject et attentatoire à la dignité de l’homme. Cette pratique installe dans la mentalité des tchadiens le postulat que l’on peut réussir juste en chantant le nom de la famille régnante. Imaginez les dégâts que cela fait dans notre société –chez les jeunes qui doivent apprendre des choses à l’école et faire leurs preuves ! C’est même plus grave que la colonisation, je pense. Le Tchad a besoin de femmes et d’hommes dignes pour le servir, non pas d’ectoplasmes flagornifleurs obséquieux écervelés.

Nous apprenons grâce à certains articles que vous enseignez dans un établissement universitaire à Laval. Avec tous les titres que vous possédez, avez-vous encore besoin d’enseigner pour gagner votre vie ?

Oui, j’ai besoin d’enseigner parce que cela me passionne de participer à la socialisation des jeunes, futurs responsables. J’ai toujours enseigné, même du temps où j’ai travaillé à la présidence au Tchad. Apprendre à des jeunes, il n’y a rien de plus gratifiant. Un proverbe dit que « celui qui t'enseigne vaut mieux que celui qui te donne. » Faire des étudiants des femmes et des hommes responsables de demain, un vrai motif de satisfaction.

Qu’est-ce qu’il y a d’intéressant pour un artiste chanteur et auteur dans le métier d’enseignant ?

L’artiste est libre de penser les choses comme lui conseillent son esprit, son imagination, son imaginaire. L’enseignement se fait dans un cadre strict. Aller de l’un à l’autre est un vrai challenge.

Vous êtes aujourd’hui auteur de quatre romans : « au Sahel les cochons n’ont pas chaud ! » — éd.Kuljaama, 2007, réed. La Sève ; 2010) !  ; « Avec nos mains de chèvre » (éd.la Sève, 2010 ; « Le prix des agneaux » (éd.Sao, 2011), qui a reçu en novembre prix Nimrod du roman 2011 des mains du ministre tchadien de la culture et de « E414 » (Ed. Lavalcades 2013). Que de belles nouvelles n’est-ce pas ?

Oui, j’écris pour témoigner. Pour ne pas qu’on vienne dire à mes petits-enfants que le Tchad n’a pas une histoire et que nos ancêtres étaient gaulois. Cette histoire, il nous appartient de l’écrire, avec nos propres mots, avec nos propres émotions. Quitte à l’écrire avec la sueur de nos souffrances communes ou avec notre sang qui continue de nourrir un système répugnant.

« Je suis citoyen irréprochable qui laisse faire en ignorant, parfois même c'est désopilant », chantez-vous avec ironie dans l’une de vos chansons. Vers qui adressez-vous cette phrase ?

Vers tous ceux qui ferment la bouche, les yeux et les oreilles parce que tenus par leur ventre, leur confort égoïste. Dire les choses, ce n’est pas synonyme d’être contre. C’est juste proposer des améliorations. Quand un homme apprend de ses erreurs et fautes qu’il s’améliore et grandit.

Dans une discussion à ciel ouvert, un journaliste tchadien travaillant pour un média international avait écrit à son ami : « je ne comprends pas pourquoi les autorités de notre pays refusent-elles de nommer Kaar Kaas Sonn comme ministre de l’Enseignement supérieur, sinon celui de la culture. C’était en février 2014 ». Êtes-vous prêt à servir le Tchad tout en étant Français de nationalité ?

Je sers toujours le Tchad, d’une façon ou d’une autre. S’il arrive que ce pays a besoin de moi, je répondrais toujours présent, comme je l’ai toujours fait. On ne sert pas forcément un pays en étant ministre. Il y a des gens qui sont bien là où ils sont.

Vous dénoncez l’injustice, le racisme, la discrimination dans vos livres, tout comme dans vos chansons. Dénoncez-vous ce qui se passe en France ou ce qui se passe dans votre pays d’origine, le Tchad ? 

Dénoncer n’est pas mon but. J’aurais tant aimé que les choses se passent à peu près correctement, c’est-à-dire autrement. Pour permettre à chacun de vivre décemment. Dignement !

Idriss Dèby a aujourd’hui 24 ans au pouvoir. Il se dit toujours engagé de briguer d’autres mandats. Que pensez-vous de cela ?

Je pense que cela n’est pas raisonnable. Déby a ramené la paix au Tchad. Il a contribué à mettre le Tchad sur le chemin du développement. Le pays commence à se construire. Des perspectives sont prometteuses. On ne peut que lui en être reconnaissant et le remercier. Il a fait ce que tout patriote ferait s’il était dans la même situation. Mais je pense que le président passera à côté de la plus grande porte de l’histoire en voulant se maintenir coûte que coûte. Ce serait à son avantage de préparer une sortie en douceur –avec dignité et honneur. Les Tchadiens et l’Afrique lui en seraient reconnaissants. Ne soyons pas naïfs, l’alternance politique dans la violence est un vrai recul vers le passé. Le Tchad peut faire l’économie de cette barbarie. Imaginez : si Déby ne s’était pas révolté contre Habré –qui était l’égal de Dieu, que dis-je, Dieu lui-même !-, je ne sais pas où l’on en serait aujourd’hui. Donc, des présidents de la république, il y en a un peu partout. Mais les grands présidents de la république, ceux qui partent au bon moment, il n’y en a pas beaucoup en Afrique !

En tant qu’artiste auteur, compositeur et chanteur, que diriez-vous au peuple tchadien, aux autorités tchadiennes et françaises, à tous les paysans de l’Afrique ?

L’Afrique se relèvera le jour où elle cessera de penser que ce sont les autres qui sont la cause de son sous-développement et les seuls à pouvoir l’en sortir. Nous courons aujourd’hui après les asiatiques pour faire nos routes, nos bâtiments, notre agriculture, mais nous oublions complètement que ces gens-la sont des bosseurs acharnés. Ils ne sont pas nés avec des machines à la main. Ils ont travaillé dur pour y arriver. Le jour où nos agronomes seront dans les champs de maïs, de riz ou de patate ; le jour où nos ingénieurs construiront des ponts sur nos rivières et fleuves ; le jour où nos femmes cesseront de vouloir absolument avoir des cheveux lisses… l’Afrique sera. Il faut probablement du temps, mais, tâchons d’être des acteurs responsables et raisonnables. Conscients et conséquents. L’Afrique change. Les défis de demain risquent de laisser certains sur les carreaux. Il faut se réveiller.

En tant qu’enseignant et chercheur, que diriez-vous pour les étudiants tchadiens et français, enseignants et aux autorités tchadiennes et françaises ?

Les études donnent des clés de compréhension de la vie. Détenir un savoir et un savoir-faire est un passeport vers l’épanouissement. Il faut l’adapter à l’évolution du public scolaire. Introduire les nouvelles technologies à tous les niveaux de l’apprentissage.

En tant que personnalité politique que diriez-vous pour les dirigeants de partis politiques Tchadiens et français, pour les autorités tchadiennes surtout et pour les jeunes activistes et journalistes ?

Je ne suis pas une personnalité politique, je le réitère.

En tant qu’écrivain Tchado-français, quel message adressez-vous pour l’Afrique qui vous regarde à travers ces fils et filles ?

Le même que j’ai dit un peu plus haut. Quoi qu’il en soit, si nous ne faisons pas les choses pour nous et par nous, nous le ferons pour le bien exclusif des autres –donc, parfois contre nous-mêmes.

Nous vous proposons de clore cette interview avec un message à tous les djihadistes, intégristes musulmans et chrétiens. Et vous, avez-vous d’autres qui vous semblent le plus urgent ?

Tout excès est nuisible à l’humain. Au nom de Dieu, on a tué au Rwanda. Au nom de Dieu, on tue en RCA. Au nom de Dieu, on tue au Nigeria et un peu partout. On a l’impression que les extrémistes ne sont pas créés par Dieu. Au contraire, on dirait qu’ils ont créé Dieu eux-mêmes. Car leur Dieu –créé à leur image obscurantiste- a besoin du sang des humains pour régner. L’Afrique n’a pas besoin du sang de ses fils pour prospérer. Elle a juste besoin de leur sueur et de leur cœur. Arrêtons là aussi d’être naïfs. Dieu ne viendra jamais nous sortir de notre mouise. Il nous a tout donné. À nous de savoir nous en servir. Cela le rendrait plus fier de nous. Il nous bénirait.

KKS (2)

Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara/Moussa T.Yowanga

 

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