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Burundi:Première bataille gagnée contre la jacinthe d’eau

 

(Syfia Grands Lacs/Burundi) Les sportifs de Bujumbura se sont acharnés à arracher les jacinthes d'eau qui ont envahi les rives du lac Tanganyika où ils s'exercent. Un nettoyage efficace et nécessaire car celles-ci troublent l'eau, gênent les pêcheurs, apportent des maladies. Mais il sera difficile de se débarrasser complètement de cette peste végétale.

 "Que deviendrait la population de Bujumbura privée de l'eau du lac Tanganyika ? Ce serait la fin de la vie de cette ville et même du pays, car de nombreux services ne sont possibles que grâce à ses eaux", s'inquiète Léonard Siryuyumusi, chaussé de bottes en train de déraciner, les restes des jacinthes d'eau qui envahissent le lac. Disséminée sur  une grande partie des rives sud du lac, cette plante aux feuilles épaisses et aux belles fleurs violettes, qui se multiplie très rapidement, s'avère une menace grave pour le lac où elle est arrivée il y a une vingtaine d'années.Les populations riveraines et ceux qui y viennent faire du sport ont été les premiers à se préoccuper de cette invasion"À voir le rythme de la propagation de cette herbe, nous commencions à nous inquiéter car même les parties sablonneuses sur lesquelles on faisait du sport étaient menacées", déclare Hussein Makuraza, 37 ans, qui nage dans le lac depuis qu’il a six ans. "Nous avons été inspirés par un reportage qui parlait du danger occasionné par la jacinthe d’eau. Nous nous sommes sentis interpellés et avons commencé à venir ici deux fois la semaine pour la déraciner", explique Ismaël Ruhwa, ancien employé du port de Bujumbura à la retraite, membre d’un club de marcheurs de la capitale.

 Des problèmes nombreux:"Chaque groupe de sportifs par catégorie, se munissait de serpes, de coupes- coupes, et de gants", raconte un conducteur de taxi vélo qui a assisté aux travaux. Selon Rurahinda Jean-Marie, chef du quartier asiatique de Bujumbura à proximité du lac, "les plus grands entraient dans l’eau pour essayer d’atteindre les herbes qui sont loin, les jeunes les rassemblaient pour les exposer au soleil en attendant de les brûler"."Le travail était dur d’autant plus que l’on devrait faire attention aux hippopotames et aux animaux qui vivent dans les eaux sous les jacinthes", ajoute Ntimaragahinda Mathias, joueur de beach volley.Les habitants eux aussi s'inquiètent. "Les années passées, toute cette partie était occupée par l’eau, actuellement c’est du sable", raconte Marianne Kaneza, habitante d'un quartier proche du lac. Selon Marc Nakubu 42 ans, qui fréquente le lac depuis son jeune âge, "plus de 5 mètres ont déjà été emportés". La jacinthe en est responsable pour partie. "Elle accroît l'évapotranspiration causant ainsi d'importantes pertes d'eau aux barrages, aux réservoirs et aux eaux sauvages", selon Sabushimike Jean, expert en environnement. Ainsi chaque samedi lors des travaux communautaires les habitants des environs se réunissent pour agir.Pour les pêcheurs, c'est une vraie catastrophe; non seulement les lignes se prennent dans les racines, mais l'eau devient plus chaude et pauvre en oxygène, tuant les poissons. Les pêcheurs se plaignent de plus des attaques répétées de crocodiles et de serpents. Selon un cadre de l’Institut national pour la conservation de la nature, la jacinthe introduit aussi des maladies : la schistosomiase provient par exemple des escargots qui pondent sur ses feuilles, les moustiques se reproduisent dans l’eau stagnante accentuant la malaria, en empêchant les autres plantes de respirer, elle entraine aussi un pourrissement végétal qui infecte l’eau potable, d’après un expert d’hygiène. Or l'eau du lac Tanganyika est consommée par la quasi-totalité des habitants de Bujumbura, c’est aussi celle que les hôpitaux, les entreprises et les industries. 

 La guerre continue:"Plus de 1500 m le long du lac Tanganyika ont été nettoyés", se réjouit Musaniwabo Anselme, coordonnateur d’une Ong locale impliquée dans la protection des eaux traversant Bujumbura. Les espaces jadis envahis servent d’espaces où les enfants nagent. Auparavant la couverture végétale était si dense à certains endroits que l’on pouvait marcher dessus sans s’enfoncer d’après l’administrateur de la commune Rohero. Tout le monde s'en réjouit. Mais il est difficile d'éradiquer la jacinthe, selon Marius Dunduri, ingénieur agronome. Le moindre bout qui reste dans l'eau donne naissance à de nouvelles plantes qui peuvent se propager d'un mètre 50 par mois.Il n'y a, pour l'instant, rien d'autre à faire pour la contrôler que l'arracher. L'application d'herbicide chimique est dangereuse pour les eaux du lac et impossible à mettre en pratique sur de grandes surfaces. Seule la lutte biologique a fait ses preuves. Elle a été ainsi utilisée avec succès sur des rivières zambiennes il y a plus de 15 ans, par l'introduction d'un petit charançon gris brun dont les larves dévorent les feuilles de la plantequi s’enfoncent alors dans l’eau, captent donc moins de lumière, et finissent par mourir, selon Gildas Muhimu expert en économie rurale. Ces prédateurs sont originaires d'Amérique latine tout comme la jacinthe. Mais il faut quelques années une fois ces charançons introduits pour être débarrassés de cette peste végétale.

 

 

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