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25 Novembre 2011
(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Ancien capitaine de l'armée ougandaise, Hadji Rachid a débarqué il y a 35 ans en RD Congo, pays de ses parents. Emerveillé par la nature, il est devenu, dans un village du Nord-Kivu, un ardent défenseur de l'environnement. Il soigne aussi les habitants avec des plantes. Portrait.
À l’entrée de la concession de Hadji Rachid, on respire à pleins poumons un air frais. Nous sommes à Kinyandonyi, à une vingtaine de kilomètres du chef-lieu du territoire de Rutshuru (Nord-Kivu), dans une forêt constituée de gros arbres préservés avec soin. "Je n'en coupe pas un seul. Pour moi, ce serait détruire la nature", explique le propriétaire des lieux qui construit ses chaises et ses lits en briques de terre pour éviter d'avoir à couper du bois.Sur le petit sentier de brousse qui mène à sa résidence, des cris d’oiseaux vous accueillent. Et une dizaine de serpents grimpent tranquillement aux arbres qui encerclent trois maisons en tôles, presque englouties par la végétation. "Je me suis documenté et j'ai réussi cet élevage de serpents. Il est facile de vivre avec eux. Ils se promènent et entrent dans ma propriété. J'en ai 15 qui n'ont pas peur des gens, mais d'autres restent cachés. Tous ont compris que chez moi il y avait la paix. Ici, il est interdit ne serait-ce que de tuer un insecte !"Avant d'être un pacifique défenseur de la nature, monsieur Hadji était un militaire. Ancien capitaine de l’armée ougandaise, il a changé de vie quand il est venu habiter Kinyandonyi. Fils d’un Congolais originaire du Maniema et d’une Soudanaise, Rachid voulait rejoindre le pays de ses parents et fuir l'insécurité en Ouganda. C'était il y a 35 ans. "Quand je suis arrivé, c'était encore une véritable forêt. Plusieurs animaux étaient encore visibles. Emerveillé, j'ai voulu valoriser certaines espèces."
Protéger les arbres et guérir les malades:Avec le recul, le vieil homme de 73 ans explique sa radicale reconversion par la nouveauté qu’il voulait apporter dans son village d'adoption : "Je ne voulais pas reprendre les armes, il y en avait déjà trop au Congo ! Et puis, je voulais valoriser autre chose comme l'environnement. Avant, les gens coupaient et brûlaient les arbres, buvaient et se lavaient dans l'eau de la rivière, sans se soucier des conséquences. Je leur ai montré que certains arbres pouvaient nous procurer des médicaments. J'ai été bien accueilli. Ils se sont dit que je pouvais contribuer au développement du village. Aujourd'hui, je reçois en moyenne 10 visites par jour."Hadji utilise ainsi la grande partie des arbres de sa concession comme médicaments. "J’ai appris, à travers des livres donnés par un expatrié, à me servir de médicaments traditionnels grâce auxquels je soigne beaucoup de gens de mon village comme ceux que vous avez rencontrés chez moi. Plusieurs feuilles sont très importantes. Nous n'avons donc pas le droit de les détruire !", explique-t-il. Les villageois semblent avoir complètement adopté leur visiteur : "Il est un des nôtres maintenant ! Nous avons toujours recours à lui quand nous avons un problème de santé".Rachid profite de toutes les occasions pour encourager ses proches à respecter l’environnement, notamment quand il reçoit des étudiants d’universités de la place. Il essaie également de faire travailler une centaine d’ouvriers dans sa concession notamment dans l’entretien de jardins botaniques et le séchage de feuilles médicinales. Et, pour valoriser ses idées, il a créé une école primaire : "tukinge mazingira yetu" (Protégeons notre environnement). Agréée, cette dernière fonctionne depuis deux ans maintenant et compte près de 200 élèves qui, en plus du contenu pédagogique habituel, reçoivent des informations sur la protection de la nature.À l'avenir, Hadji Rachid souhaite rester et faire davantage connaître son petit paradis naturel. "En octobre dernier, j'ai reçu des visiteurs d'Amérique et, pas plus tard qu'hier, un Allemand. Je ne les fais presque pas payer pour l'instant, car ils promettent de me soutenir. Mais, dans le futur, je pourrais peut-être développer cette activité. Je compte en moyenne 30 touristes nationaux ou étrangers par mois."