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25 Janvier 2011
(Syfia Grands Lacs/Rd Congo) Une chanson en kinyarwanda, langue officielle du Rwanda, fait danser tout le monde à Butembo, au nord de Goma en Rd Congo. Impensable il y a encore un an, quand le seul fait d’être traité de Rwandais dans la région, conduisait la personne droit en prison.
Ce jour de week-end, la boîte de nuit Miami, la plus coquette et la plus banchée de Butembo, a fait le plein. Après la musique rock de R. Kelly qui a presque fait somnoler les clients, une autre chanson réveille tout d’un coup le public. La piste est prise d’assaut. Ceux qui ont de la peine à y trouver le moindre espace restent à leurs places. On se trémousse comme on peut, presque en désordre, chacun à son rythme. Tout le monde reprend à tue-tête le refrain de la chanson, "mamayovera, mamayovera, mamayovera", qui sortent des baffles géants. Pourtant, personne ne saisit le sens d’aucun mot de ce tube du musicien rwandais Médard Ngabo, mieux connu sous le surnom de Medy. "Ca doit être des mots d’amour, car la chanson est tellement envoûtante", tente d’expliquer une jeune congolaise rencontrée dans un dancing, emballée par le rythme de cette musique.Mamayovera veut pourtant simplement dire "mystère" en kinyarwanda, langue officielle du Rwanda voisin. Et ce tube de Médard Ngabo ne fait pas uniquement fureur dans les boîtes de nuit de cette ville commerçante, située au nord de Goma, dans la province congolaise du Nord-Kivu. Partout, même dans des fêtes en famille, elle fait danser tout le monde. Dans la rue, il est courant d’entendre des gamins en fredonner le refrain. "Il faut avouer que les mœurs ont vraiment changé", constate Jean Kakule, un ancien agent de renseignements qui s’est reconverti dans le commerce.
"Les mœurs ont changé"
Il y a encore un an, être Rwandais ici ou être taxé de tel, était très mal vu. "Ce sentiment anti-Rwandais avait été exacerbé pendant la guerre et il était resté longtemps dans les esprits des populations", explique Musuku Kasereka, acteur politique. Dans cette région de l’est de la Rd Congo, les miliciens Mayi-Mayi particulièrement menaient une lutte acharnée contre les rebelles rwandais des Fdlr, installées dans le pays depuis le génocide de 1994. Jouer et danser une chanson en kinyarwanda, qu’elle soit envoûtante ou pas, pouvait à l’époque vous attirer les pires misères. "On pouvait vous arrêter si on trouvait sur vous un simple texte en cette langue. Mais tout cela est passé, nos concitoyens ont compris qu’il faut composer avec tous les peuples", raconte Jean Kakule."Il faut reconnaître le talent de l’artiste. Et qu’est-ce que cela fait de différend qu’il soit Rwandais", s’exclame cette jeune Congolaise, qui ne sent vibrer en elle que l’amour quand elle entend le mot mamayovera. "Je serai heureux si un jour je rencontre Medy, pourquoi ne pas jouer sur une même scène que lui. Cela ferait un beau métissage", souhaite Jacques Buzito, un musicien de Butembo qui pense que la musique possède une force extraordinaire et transcende les passions.
La paix et la magie de la chanson
DJ dans une boîte de nuit à Butembo, Pascal Kalengani a constaté, lui, que les mélomanes congolais adoptent assez facilement les chansons étrangères. Celles-ci récoltent du succès tant qu’elles font danser. "Il suffit que les mots les emballent, les clients aiment ça. Dans la chanson de Medy, par exemple, le court refrain l’a fait vite adopter du public", analyse ce jeune DJ.Le retour progressif de la paix dans la région a, sans doute, petit à petit fait oublier les inimitiés d’hier. Et la chanson fait le reste : rapprocher par sa magie envoûtante les peuples, au-delà de leurs frontières. "Il fallait bien que l’on en arrive là, se réjouit Léon Shahava, un animateur des manifestations festives. Lorsque je joue la chanson de Medy dans des fêtes de famille, je suis heureux de voir les gens danser, sans se soucier de son origine rwandaise.