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REGARDS D'AFRICAINS DE FRANCE

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Portrait-Rwanda : Commando,un ex-délinquant "père" de quarante enfants

(Syfia Grands Lacs/Rwanda) Plus jeune, Commando était un brigand violent. Aujourd'hui, à 30 ans, il s'occupe d'une quarantaine d'enfants qu'il a sortis de la rue. En "père" attentionné, il les nourrit et les envoie à l'école, persuadé qu'un autre avenir s'offre à eux. Portrait.

 

En jean et simple T-shirt, Usabyimana Evode a une apparence modeste. Cela n'a pas toujours été le cas. Il n'y a pas si longtemps, les jeunes, impressionnés par sa force, le surnommaient Commando, du nom d'un acteur de cinéma célèbre pour ses combats. Ce fils d'instituteur, né à Ruhango, au sud du Rwanda, en 1980, a longtemps voulu attirer l'attention. Difficile d'imaginer que cet homme souriant, qui se laisse aujourd'hui volontiers déranger par "ses" quarante enfants leur interdisant parfois simplement de regarder la télévision – punition qu'il lève dès qu'un de ces petits obtient de bons résultats en classe – ait un lourd passé de délinquant... Quand son père est mort en 1994, laissant sa mère démunie, il s'est mis à haïr tout le monde. "Je ne pouvais pas comprendre pourquoi maman n'avait même pas un matelas pour moi et me laissait dormir sur une natte à l'école !" Dès le secondaire, en 1995, l 'apprenti bandit fait peur à tout le monde. Le directeur de son école, qui, pris de sympathie pour lui, avait accepté de lui payer le minerval, ne le punissait pas. Il volait pourtant tout ce qu'il pouvait... "En me renvoyant, il se serait attiré la malédiction de mes camarades auxquels j'expliquais les mathématiques et l'économie", se vante-t-il, assurant qu’en dépit de son indiscipline, il avait toujours la meilleure note de sa classe. "C'était une vie infernale, reconnaît-il pourtant. Je volais et restais insensible aux coups de fouet, car je ne voulais pas rendre ce que j'avais volé."

 Tentatives d'assassinat et de vol

En 1999, il se présente ivre et drogué aux examens d’État et n'obtient pas son certificat de fin d’études secondaires en économie. Aussitôt après, il part à Kigali. "C'était une promotion en drogue et en banditisme, car Kigali est une ville riche !", raconte Evode. "Là-bas, poursuit-il, j'ai volé le pistolet d'un ami militaire et je suis devenu chef d'une bande armée. Mais, après avoir raté plusieurs tentatives d'assassinat et de vol de véhicules, une voix m'a poussé à aller prier, malgré moi. C'était à peu près trois ans après mon arrivée à Kigali." Cette voix l’a convaincu d'abandonner sa vie de bandit et de vivre honnêtement: J'ai remis le pistolet à mon ami, et je suis allé à l'église tout près de chez nous."Sa vie vient de basculer à nouveau. Il retourne dans la rue, mais cette fois pour encourager les enfants qui s'y trouvent à faire comme lui. "Au départ, ils ne pouvaient pas croire que j'avais changé, mais deux mois après, j'en avais quatre-vingts autour de moi qui m'appelaient 'papa'." Il les nourrit avec les frais de transport qu’il reçoit pour aller prêcher dans les églises où son pasteur l’envoie. "Je commençais à me sentir de plus en plus responsable de ces enfants. Un jour, je leur ai demandé ce qu'ils voulaient que je fasse pour eux. À ma grande surprise, la plupart m'ont dit qu'ils voulaient étudier."

 

Construis le Rwanda

Mais ces beaux projets sont perturbés… Avant que les enfants n'aillent à l'école, la police les ramasse tous pour les placer dans des camps. Commando les fait libérer et leur trouve un abri : "Avec l'argent qu'un ami m'a prêté, j'ai loué une maison de quatre chambres pour quarante enfants." Il va s’équiper, petit à petit, grâce aux dons de son Eglise et l'aide d'amis. En décembre dernier, il épouse Rebecca, une Anglaise : "Elle est venue à nous comme une personne charitable, puis nous nous sommes aimés elle et moi", raconte l'ancien petit dur en donnant un tendre baiser à sa femme. L'arrivée de celle-ci a été une bénédiction pour cette grande famille : elle a acheté des lits, des matelas, loué une nouvelle maison. "La majorité des enfants sont des orphelins ; d'autres n'ont qu'un seul parent nécessiteux. Aujourd'hui, ils mangent trois fois par jour", dit-il en montrant les enfants qui s'ébattent autour de lui. Les plus âgés lessivent les habits des plus petits, d’autres font la vaisselle… Quand un problème surgit, tous appellent daddy (papa). Rebecca est comme leur maman. Les enfants disposent d'une salle pour regarder la télévision, d'un réfectoire qui sert aussi pour faire les devoirs à la maison. Evode souhaite aujourd'hui construire un orphelinat qu’il appellera Ubaka u Rwanda (Construis le Rwanda), car, confie-t-il, il s'est "rendu compte que les enfants de la rue ne sont pas mauvais. C'est nous qui manquons de sympathie envers eux."L'ancien délinquant sait mieux que personne qu'il ne faut parfois pas grand-chose pour qu'une vie bascule du bon côté.

Jean de la Croix Tabaro

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