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12 Novembre 2017
La Rédaction de Regards d'Africains de France est allée à la rencontre de Lamatha Sandra Topona,jeune artiste Tchadienne qui vit son rêve avec beaucoup de passion au Bénin. Elle se définit comme une artiste comédienne,actrice et chanteuse. Elle a accepté de partager avec nos lecteurs son parcours d'artiste, ses prouesses musicales surtout, ses attaches familiales et son point de vue de citoyenne sur la situation actuelle de son pays. Merci Lamatha Sandra Topona d'avoir rendu possible cet entretien.

Regards d’Africains de France : Qui êtes-vous ? Serait-il possible de nous parler de votre parcours d’artiste et de votre formation universitaire et professionnelle plus amplement ?
Lamatha Sandra Topona ! Bonjour, d’abord, je tiens à vous remercier pour l’attention portée à mon égard. Je suis Sandra Topona, une jeune Tchadienne de 26 ans issue d’une famille de 5 enfants et qui se bat pour réaliser ses rêves. Ma carrière artistique à commencer au cinéma en 2009 dans la série Télévisé Tchadienne « Age d’Or », ensuite en 2010 j’ai quitté le pays pour le Bénin où j’ai intégré l’université en suivant en même temps une formation en théâtre et métier d’acteur. En 2011, je me suis lancée dans la musique à Accra au Ghana avec la sortie de mon premier single « Les hommes sont dangereux » en featuring avec Tagui Bissi une artiste Tchadienne avec qui j’ai collaboré dans beaucoup de projets. Depuis lors, j’ai sorti plusieurs singles tout en gardant le cap sur les études.
Il y a de cela quelques jours, vous livrez au public et surtout à vos Fans votre single « Habibi » (mon amoureux en arabe tchadien, qui vient du mot El-Houb qui signifie amour). Pourquoi avez-vous donné un tel titre à votre single ?
J’ai donné le titre « Habibi » à ce single simplement parce que c’est une chanson d’amour chantée en Arabe Tchadien. Je chante souvent en Français et en Anglais. Alors, j’ai voulu mettre plus de couleurs en alliant la world Music que je fais avec ma langue locale.
Que ou qui se cache-t-il derrière le titre de cette chanson ?
J’avoue que cette chanson est inspirée de mon histoire personnelle. L’amour, c’est la plus belle chose qui me soit arrivée alors j’ai voulu le rendre plus vivant à travers ma voix.
La vision de l’amour d’une artiste chanteuse est-elle la même avec celle d’une simple jeune femme comme vous l’êtes ?
Je suis avant tout une femme. Ma vision de l’amour est la même que celle de toutes les femmes normales. En dehors du monde artistique, j’ai une vie normale, des sentiments, un homme dans ma vie avec qui je viens d’ailleurs de me fiancer. Ma vie artistique n’interfère en rien dans mes sentiments personnels.
Vous êtes installée au Bénin depuis 2010 en vivant surtout à cheval entre votre carrière d’artiste et vos études. Est-il facile de vivre loin de votre pays natal, alors que vous n’avez que 26 ans en conciliant les études et la carrière musicale ?
La musique à elle seule n’est pas déjà facile alors faire les deux à la fois c’est un combat très ardu et audacieux de ma part. Ça n’a pas non plus été facile de vivre seule ici loin de ma famille. Je suis arrivée ici lorsque j’avais seulement 19 ans et me suis très vite retrouvée seule face à beaucoup de réalités et surtout exposée aux écueils de la vie. J’ai alors dû me forger rapidement un moral d’acier pour tout affronter. La musique est certes ma plus grande passion mais j’ai toujours aspiré à faire des grandes études. J’ai en moi cette soif du savoir, alors je me suis sacrifiée beaucoup pour arriver à concilier les deux.
A travers les réseaux sociaux on découvre d’autres titres de vos chansons comme : « Na Na Na » mis en ligne sur Youtube le 24 mai 2017 ; « Pourquoi tu parles beaucoup », mis en ligne le 8 septembre 2015 ; « Toi et Moi » mis en ligne le 5 décembre 2015, sans oublier « Habibi » déjà évoquée. Quelle est parmi toutes vos chansons celle qui vous a donné plus du travail et assez coûté en termes du temps et de moyens logistiques ?
Toutes les chansons demandent du temps, du travail et surtout l’inspiration, aucune chanson n’a été trop facile ni trop compliqué, mais HABIBI a nécessité beaucoup plus de moyens.
Est-il possible de nous raconter la vraie histoire d’une de vos chansons ?
Eh bien la plupart de mes chansons sont inspirées des faits réels.
Vos titres viennent-ils de sources d’inspiration personnelle ou faites-vous recours au génie d’un parolier africain ou autres ?
Non, j’écris moi-même mes chansons, l’inspiration est plus fluide ainsi.
A travers vos chansons, on découvre une personne préoccupée par les mauvaises relations entre l’homme et la femme. Pourquoi avez-vous cette préoccupation si particulière ?
Ma première chanson dénonçait les relations malsaines entre les hommes pervers beaucoup trop vieux et les petites filles naïves et matérialistes qui détruisent souvent leur vie. Je dénonce les deux cotés en fait, simplement, parce que c’est une réalité que je ne veux plus constater dans nos sociétés.
Définissez-vous comme une artiste de charme, défendant les couples et plus largement les amoureux ou pensez-vous appartenir au club d’artistes engagés ?
En tant qu’artiste tous les sujets sont envisageables à l’exception de la politique qui ne m’intéresse pas vraiment. La politique, je crois qu’il y a beaucoup de façons de faire passer un message.
Votre choix comme artiste a-t-il été facilement accepté par vos parents, notamment par votre père Célestin Mocnga Topona, journaliste de carrière et aujourd’hui célèbre homme politique Tchadien ?
Ma famille est très fière de moi, mes frères et sœurs sont mes premiers fans. Mon papa que Dieu le garde, est l’homme le plus merveilleux qui soit. Il a toujours guidé mes pas en respectant mon choix et mes décisions. C’est vrai que d’un point de vue extérieur, c’est un homme Politique dur d’opinion, mais fidèle à ses principes et pour nous ses enfants il a fait beaucoup de sacrifices. Il me soutient dans tous les sens dans la voie que j’ai choisie.
Vous chantez rarement les réalités de votre famille comme font d’autres artistes. Que signifie-t-il cette absence d’allusion à votre famille dans vos chansons ?
Vous n’êtes pas sans savoir que ma famille est l’une des familles les plus persécutées dans ce pays à cause de la position politique de mon père face à l’actuel régime au pouvoir donc déjà assez médiatisé pour que j’en rajoute. On tient à avoir une vie privée aussi normale et paisible que possible comme tout le monde. Alors je préfère simplement faire ma musique tranquillement comme tout le monde.
Votre single « Habibi », est produit par « 229 Records », une maison de production installée à Cotonou avec laquelle vous travaillez depuis quelque mois. S’agit-il d’une belle histoire improbable de rencontre humaine que vous aimeriez raconter ?
Eh bien l’histoire n’est pas extraordinaire, avec le temps je me suis fait des relations au Bénin, Je travaillais d’abord en solo en autoproduction et c’est lors de mon concert en février 2017 à Cotonou qu’ils se sont intéressés à moi surtout aux chansons en arabe local. C’est ainsi que HABIBI est venu au monde.
Sandra, l’artiste chanteuse, comédienne, actrice et étudiante. Cela ne fait-il pas trop pour une fille de 26 ans comme vous ?
(Rire) Pas du tout. La vie est un défi ! C’est vrai que cela peut paraître intimidant de voir une jeune fille avec autant de bagages mais vous savez, on est dans un monde où seul le travail libère. Je ne compte pas sur un homme pour m’en sortir. Mon indépendance, je l’ai déjà acquise ! Aujourd’hui je fais la fierté de mon père. C’est mon plus grand trophée et je n’arrêterais pas de grimper tant que je pourrais.
Pourriez-vous nous raconter de façon originale vos journées d’artiste au Bénin en Afrique de l’Ouest, loin de votre terre natale d’Afrique centrale ?
Eh bien mes journées sont assez ordinaires. J’ai un planning très bien organisé, je suis partagée toute la semaine entre les séances de répétitions et mes recherches à l’université. Et mes jours libres souvent les dimanches après l’église, je fais comme tout le monde ; je m’occupe de ma maison : cuisine, linge, vaisselle, écoute beaucoup la musique, de la vraie musique et me repose.
Dans votre single « Habibi », on y entend un mélange de mélodies afro-arabe. Quelles sont les raisons pertinentes qui vous ont amené à opter pour ce goût musical ? Et pour quel genre de public est-il destiné ?
Le but c’est de toucher tout le monde. Le mélange des mélodies afro-arabes donne un mélange de couleurs et surtout fait ressortir mes origines tchadiennes. On essaie de travailler encore plus ce style.
« Habibi » est chanté dans un mélange d’arabe, français et anglais aussi. C’est drôle n’est-ce pas ?
Oui, Habibi est chanté en 3 langues afin que tout le monde puisse avoir un aperçu et comprenne la chanson. Il ne faudrait pas que les Tchadiens soient les seuls à comprendre le texte. Et je ne chante donc pas seulement pour le Tchad.
Parlons un peu de politique. Sandra est-elle choquée comme d’autres Tchadiens par un pays riche financièrement avec d’immenses ressources naturelles, mais fatalement cela ne profite qu’aux riches ?
Ça dépend de quel côté on se trouve. Le Tchad a deux catégories de personnes : il y a les propriétaires du pays et les locataires. Eh bien naturellement je suis touchée comme tout Tchadien dans la catégorie des locataires !
Que devraient faire les Tchadiens face à une telle situation, selon vous ?
Je dis simplement que le peuple est seul maître de son destin. Normalement, c’est le berger qui conduit le troupeau de moutons mais au Tchad, c’est le contraire.
Comme vous êtes au Bénin, dans un pays autre que le vôtre, ne dites-vous pas finalement au fond de vous-même que ce qui se passe au Tchad ne me concerne pas ?
Bien sûr que je suis concernée, encore plus avec le nom que je porte. Au Tchad on ne vit pas, mais on survit ! Malgré tout c’est mon pays, ma maison et je l’aime.
Que faites-vous face à la grande détresse de vos concitoyens en tant que femme et artiste à l’instar des autres Tchadiennes ?
Eh bien moi, je crois qu’il faut arrêter de croiser les bras et attendre que le pays fasse tout pour nous. C’est en se construisant soi-même qu’on construit le pays.
Revenons à votre métier d’artiste. Peut-on oser affirmer que votre art vous fait vivre ?
Pas totalement. Je ne vis pas à 100% de la music, mais j’ai d’autres activités qui me permettent de gagner plus que ce que la music m’apporte. Être artiste, cela vous ouvre parfois plus facilement les portes du monde du business.
D’ailleurs à quel niveau placez-vous les chanteurs Tchadiens, qu’ils évoluent au pays ou à l’étranger par rapport à d’autres ?
Les artistes Tchadiens ne manquent pas des talents et des potentialités, mais dans un pays comme le nôtre, les talents ne suffissent pas. On a un environnement très défavorable à l’art, mais j’ai beaucoup de respect pour les artistes du pays qui, malgré les difficultés se battent et évoluent. Par rapport à d’autres pays on est très en retard, néanmoins il y a de changements encourageants.
A votre avis, quelles sont les vraies difficultés que rencontrent les artistes tchadiens demandant des solutions immédiates ?
D’abord on a un grand problème de visibilité au Tchad et à l’international. L’œuvre de l’artiste Tchadien n’est ni reconnue ni récompensé à sa juste valeur. Le BUDRA qui détourne nos Droits d’Auteurs au vu et au su de tout le monde, pas de grandes maisons de disque, on n’a même pas des salles de concerts adéquats au point que les artistes soient obligés de prester dans les bars tout le temps. Par contre, il y a toujours des moyens pour aller faire la guerre et de s’armer ! Bref, le showbiz n’existe pas vraiment. C’est révoltant.
Quels conseils adressez-vous aux jeunes artistes qui n’ont certainement pas la chance d’évoluer à l’étranger comme vous ?
D’abord, je ne dirais pas que j’ai eu une chance particulière. Je travaille dure car cela ne tombe pas du ciel. La vraie magie, c’est le travail et surtout croire en soi-même.
Et quel est votre dernier mot ?
Un immense grand merci à mes fans qui m’accompagne à chaque étape à travers les encouragements et nombreux conseils. L’artiste n’est rien sans ses fans, alors je ferai mieux à chaque fois. Merci à votre Rédaction pour l’entretien.
Propos recueillis par Ahmat Zéïdane Bichara