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16 Novembre 2017

Plusieurs jeunes japonais ont trouvé la mort après avoir entré en relation avec leur tueur présumé via Twitter où ils avaient manifesté d’envies suicidaires. Du coup, cela vient relancer le débat sur le rôle parfois ambigu voire trouble des réseaux sociaux dans l’expression de tendances suicidaires. La police a interpellé fin octobre un suspect nommé Takahiri$o Shiraishi, 27 ans, après la découverte macabre à son domicile près de Tokyo de neuf corps dépecés, parmi lesquels ceux de trois lycéennes, recouverts de litière pour chat pour masquer l’odeur pestilentielle. De récentes recherches sur la disparition d’une femme de 23 ans, exprimant sur Tweeter son désir de vouloir mourir avec quelqu’un, ont permis aux enquêteurs de débusquer le suspect.
Selon les médias, Takahiro Shiraishi a attiré vers lui la jeune femme, en lui assurant sur les réseaux sociaux qu’il pouvait être la personne susceptible de l’aider pour réaliser son rêve de se suicider. La chute du tueur présumé a été rendue possible grâce au Twitter. La police s’est servie d’une autre jeune femme comme appât sur le réseau social. Les enquêteurs l’ont piégé au cours d’un rendez-vous préalablement arrangé avec lui et la jeune femme. Peu de temps, après la découverte des corps, Twitter a réagi afin de clarifier ses règles d’utilisation en réaffirmant sa politique de lutte contre la promotion du suicide et de l’automutilation, sans pour autant interdire des tweets exprimant de tels désirs. Les autorités japonaises ont riposté la semaine dernière, en indiquant vouloir renforcer la réglementation contre des sites internet aux contenus relatifs au suicide jugés « inappropriés ».
Le gouvernement nippon par la voix de son porte-parole Yoshihide Suga a affirmé qu’il pourrait renforcer le soutien des jeunes gens postant des messages désespérés en ligne, mais sans donner de précisions. Selon les données de l’OCDE, le Japon détient le taux de suicide le plus élevé parmi les pays riches du G7, atteignant 17,6 pour 1000 personnes en 2014. Ce taux de suicide est allé crescendo ces dernières années parmi les adolescents et les jeunes adultes, des catégories de populations qui sont particulièrement les plus actives sur les réseaux sociaux. D’autres chiffres viennent confirmer la gravité de ce phénomène. Sur quelque 20 000 suicides enregistrés par an au Japon, 500 concernent directement de jeunes de moins de 20 ans. L’étude menée par Nippon Foundation a aussi montré qu’un Japonais sur quatre a déjà sérieusement réfléchi au suicide. Depuis de longues années, les autorités nippones essaient de lutter contre l’usage d’internet à des fins suicidaires, notamment en 2005, lorsque le phénomène des suicides collectifs initiés sur internet a atteint un record au Japon, avec un niveau jamais atteint de 91 personnes mortes de cette manière cette année-là. Pour prévenir de tels évènements, les fournisseurs d’accès internet ont reçu l’obligation de signaler toute expression d’envie suicidaire en ligne, à la police et au ministère des communications, tout en leur exigeant de détails concernant l’heure et l’endroit où l’internaute aurait l’intention de passer à l’acte.
D’autres mesures ont été demandées aux fournisseurs d’accès internet comme la suppression des sites incitant au suicide ou recrutant des candidats à des morts collectifs. Malgré ces efforts, le phénomène persiste. Certains spécialistes désapprouvent les méthodes policières, ils estiment tout à fait normal que les jeunes se tournent vers les réseaux sociaux pour exprimer leur mal-être. Autrement, bloquer ce moyen d’expression pourrait s’avérer contre-productif, considèrent-ils. « Au Japon parler de la mort et du suicide a longtemps été tabou (…), alors qu’il est facile d’en parler sur les réseaux sociaux », rappelle à l’AFP Akito Mura, une responsable du centre de prévention du suicide de Tokyo du réseau international Befrienders Worldwide. L’Antenne de Tokyo de cette organisation à but non lucratif offre un service d’assistance téléphone de 20H00 à 6H00. Elle reçoit des appels en permanence toute la nuit. Mme Mara est convaincue que mes jeunes victimes du tueur en série près de Tokyo ont « probablement pensé qu’il était la seule personne capable de sincèrement écouter leurs problèmes ». Pour autant, elle met en garde contre de tels individus qui exploitent la facilité des réseaux sociaux, autant elle estime que ce serait « une mauvaise idée » de réglementer les commentaires exprimant une envie de suicide. « Les gens ont besoin d’un espace où ils peuvent être écoulés. Sans cela, je crains que le nombre de suicides n’augmente encore davantage », déclare-t-elle.
Moussa T. Yowanga