Informer sans travestir ni déformer, c'est notre combat !
22 Janvier 2018
« Je ne plierai pas. Je ne m'en irai pas en silence. Je ne me soumettrai pas. Je ne me retournerai pas. Je ne me conformerai pas. Je ne me coucherai pas. Je ne me tairai pas ». Jean Jaurès.

Le samedi 18 novembre 2017, la Rédaction de Regards d’Africains de France eut publié le communiqué de presse de la Convention Tchadienne pour la Défense de l’Homme (CTDDH) dénonçant l’arrestation arbitraire de Ramadan Souleymane, huissier de Justice au ministère tchadien de la Justice à Moundou, seconde ville et capitale économique de la République du Tchad. D’après le communiqué de presse de la CTDDH signé par son secrétaire général Mahamat Nour Ahmed Ibedou, monsieur Ramadan Souleymane avait été arrêté et inculpé pour « diffamation » le 15 Novembre 2017 pour avoir posté sur sa page Facebook que le gouverneur du Logone « pourrait-il justifier du montant de plus d’une centaine de millions qu’il avait retiré du trésor pour la sécurité » Il met en garde les autorités locales et centrales contre toute atteinte à son intégrité physique.
Le 12 décembre 2017, on avait annoncé que toute la procédure de son arrestation a été annulée par le Tribunal de Grande Instance de Moundou sur la base de l’article 50 du nouveau code de procédure pénal, relatif à l’absence de consignation de la présence de l’avocat à l’enquête préliminaire, dans le procès-verbal(PV) de la police judiciaire. Il est définitivement libre. Le 12 décembre 2017 à 22h : 32 minutes, Maître Ramadan Souleymane publie un premier message sur son Facebook pour annoncer officiellement sa libération et remercier tous ceux qui l’ont soutenu. Il le dit de lui-même : « Mes premiers mots vont tout naturellement à ma défense, à ma famille, à tous mes amis et collègues, à tous les compatriotes qui ont cru à la lumière qui pointe à l'horizon et qui dans un élan de solidarité constant ont su et pu braver tous les dangers et intimidations et ont fait bouger la montagne de la honte et de la terreur. Il suffisait d'y croire et surtout d'y oser. Que Dieu bénisse chacun de vous. Je n'oublie pas également mes bourreaux qui m'ont rendu un service inestimable en m'envoyant au cachot car j'ai beaucoup appris à mieux les connaître. À tous je dis enfin : me revoilà ! » Chose très importante à mettre au crédit de Maître Ramadan Souleymane fut sa décision de raconter de façon chronologique et épisodique à compter du jeudi 29 décembre 2017, ses premières nuits de séquestration au Commissariat central de Moundou et les privations de toutes sortes endurées jusqu’à sa libération. C’est un rare témoignage à ne pas manquer.
Rare récit d’un ancien prisonnier politique innocenté par la Justice de son pays, l’huissier de Justice, Maître Ramadan Souleymane, qui fut interpellé le 15/11/2017, conduit au parquet de Moundou le 16/11/17 et libéré le 08/12/2017.

«Mardi 21/11/2017, je me réveille à 03h48 minutes. Les nuits et les jours se succèdent et se ressemblent. Après la prière, je reprends les exercices de mise en forme pendant 25 minutes. Je reçois la visite de mon neveu venu de N'Djaména. Il croyait que mon dossier allait être enrôlé pour l'audience de ce matin. Nous faisons le tour d'horizon après les règles d'usage. Plus je lui donne des détails, et plus il est surpris que je sois retenu en prison, derrière le grillage pour si peu. Je n'ai pas besoin de lui faire un croquis. Il a compris que mon arrestation prend finalement une couleur politique. Je lui fais comprendre que dans mes agissements, je ne gêne pas l'État mais je gêne des individus véreux qui pensent à tort que leurs intérêts sont les intérêts de l'État. Mon collègue arrive 30 minutes après et nous causons essentiellement professionnel. Nous commentons en rigolant, le passage de l'inspection générale au palais de justice. Les souris ont cassé de danser à l'arrivée du chat. Les mesures restrictives reviennent. Je ne peux plus recevoir qu'à travers le grillage. Ceux des visiteurs qui étaient là hier sont surpris. Je leur explique que c'est terminé la grâce du dimanche et lundi matin.
Le moral est cependant au beau fixe. Abdelmounime et Mahamat Bechir m'ont ôté ma liberté d'aller et de venir. Pas celle de penser et de me sentir bien dans ma peau. Un autre neveu venu de N'Djaména me rend visite. J'ai senti en le voyant, une douleur me traverser le cœur. Je me ressaisi aussitôt et banalisant mon sort, je lui parle comme si on venait de se séparer hier soir. Il me souhaite du courage et me dit qu'il est porteur d'un message pour moi, venant d'un frère qui aurait pris contact avec mon plaignant. Le frère qui l'envoi demande que j'écrive une lettre d'excuse au gouverneur pour retrouver la liberté. Je sourie et lui répond que je suis moralement et psychologiquement préparé à passer 10 ans en prison s'il le faut. Que je peux faire tout, sauf écrire une lettre d'excuse. Je suis capable, sans l'apport de ce parent, de dénouer ce que j'ai moi-même attaché.
A la fin de l'entretien je lui demande de rentrer, lui et son cadet venu tôt ce matin, auprès de leurs familles car, mon dossier ne sera pas enrôlé avant le 05 décembre. Le soir, et la nuit après la prière de 19h30, des prisonniers qui ont appris qui je suis approchent et profitent pour poser leurs problèmes, chercher à comprendre, demander un soutien etc. Tous ou presque, s'expriment en victimes (certains reconnaissent leurs forfaits) et se donnent raison ou des excuses. Les langues se délient et des dénonciations fusent de partout. Pour ces laissés pour compte, la maison d'arrêt est un véritable business pour ceux qui en ont la gestion. Ce ne sont là que des paroles de délinquants certes. Mais y a-t-il de fumée sans feu ? »
Choix et commentaire de Ahmat Zéïdane Bichara