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Religion : L’Église réorganise pour faire face à la pénurie de prêtres

Alors que les églises évangéliques se développent de façon étonnante, à l'inverse l’Église catholique se vide de ses fidèles et attire de moins en moins de futurs prêtres. C'est une situation à la fois paradoxale et inquiétante qui a amené notre confrère Maxime Maillet de lui consacrer un article publié le mardi 16 juillet dans lequel il évoque la carence de prêtres et le manque de renouvellement du personnel ecclésiastique. Il rappelle qu'en Juin 2019, seuls 5 prêtres ont été ordonnés en Belgique. Bien que le phénomène semble préoccupant, il n'est pas nouveau. Il écrit qu'à partir des années 60, les effectifs de prêtres ont baissé de manière continue et aujourd'hui la fourchette de nouveaux prêtres se situe entre 3 et 8 prêtres en fonctions des années. La diminution du personnel ecclésiastique est souvent la cause de multiples difficultés d'ordre organisationnel pour les prêtres et pour les fidèles. Pour y remédier, l’Église est contrainte de prendre plusieurs mesures pour s'adapter aux nouvelles réalités : fermer des églises ou regrouper plusieurs paroisses en « réseau ». Les prêtres en provenance d'Afrique, d'Amérique latine et de Pologne débarquent en Belgique pour soulager les prêtres belges qui sont débordés par la gestion de plusieurs paroisses et qui continuent de rester actifs malgré le poids de l'âge. Le père Benjamin Kabongo dirige un réseau de quatre paroisses aux sensibilités bien différentes dans les communes bruxelloises de Woluwe-Saint-Pierre et d'Auderghem. Il admet aujourd'hui qu'il doit recourir à l'aide quotidienne de plusieurs fidèles. « Aujourd'hui, on ne peut plus compter uniquement sur la force du prêtre. Je n'ai pas cinq bras. Le prêtre n'a pas été formé pour la gestion de plusieurs paroisses.

Donc, il faut faire participer des chrétiens qui sont des bénévoles et qui sont les premiers bénéficiaires du service que nous rendons ». Il estime pour sa part que l'avenir de l'Eglise passera par un « leadership associatif et participatif ».Il reconnait aujourd’hui qu’il doit se faire aider au quotidien par plusieurs fidèles. "Aujourd’hui, on ne peut plus compter uniquement sur la force du prêtre. Je n’ai pas cinq bras. Le prêtre n’a pas été formé pour la gestion de plusieurs paroisses. Donc, il faut faire participer des chrétiens qui sont des bénévoles et qui sont les premiers bénéficiaires du service que nous rendons". D’ailleurs, pour lui, l’avenir de l’Église passera par un "leadership associatif et participatif". Le phénomène touche très peu les grandes villes. En revanche, dans les campagnes, certains villages sont privés de messes ou n'en ont qu'une toutes les deux ou trois semaines d'après Tommy Scholtès, porte-parole des évêques de Belgique. Les fidèles parcourent parfois plusieurs kilomètres pour se rendre à la messe dominicale. «Le déplacement des fidèles pour aller dans le village d'à côté est difficile. Les arracher à leur village, à leur église, à leur histoire, ce n'est pas quelque chose de naturel pour les gens. Ce manque d'attrait pour la prêtrise, souligne Cécile Venderpelen, docteure en histoire à l'Université Libre de Belgique et directrice de l'Observatoire des religions et de laïcité, peut d'abord s'expliquer par le célibat des prêtres, une règle introduite à la fin du Moyen-Âge. «Les idéaux de la société et de l'Eglise pour les prêtres sont aujourd'hui en décalage. Les vœux de chasteté ne sont plus valorisés, mais on pense au contraire qu'une vie épanouie n'est pas forcément familiale, mais au moins affective, sexuelle. Cette obligation du célibat est difficilement réalisable dans le monde d'aujourd'hui». Le débat sur le célibat des prêtres est donc toujours prégnant.

 

D'ailleurs,un synode sur l'Amazonie abordera le sujet en octobre prochain au Vatican : il y sera question d'accepter des hommes mariés comme prêtres dans des communautés amazoniennes isolées où ces hommes sont particulièrement bien intégrés. Selon Tommy Scholtès, il n'est pas question de renoncer universellement au célibat des prêtres, mais bien de s'adapter à des réalités concrètes et de concéder de règles spécifiques en fonction des régions du monde ou des situations bien particulières comme par exemple les prêtres anglicans mariés, reconvertis au catholicisme. L'historienne évoque également une seconde raison qui serait la crise d'autorité que connaît aujourd’hui l’Église : les fidèles n'acceptent plus forcément la hiérarchie établie avec les prêtres. «La religion telle qu'elle se vit et se pratique, n'est plus en adéquation avec la manière dont le monde catholique fonctionne. Les croyants, les pratiquants ne reconnaissent plus autant qu'avant l'autorité des prêtres. De plus en plus de catholiques revendiquent ou se sentent des attirances pour ce qu'ils appellent « un christianisme sans Église »; ils trouvent d'autres moyens de s'engager dans l'Eglise sans passer par des vœux vécus comme cruels ». Cet argument n'est pas partagé par Thommy Schomtès pour qui, l'autorité n'est plus un problème : « Le statut du prêtre n'est certainement plus un statut d'autorité, mais celui d'un animateur d''une communauté paroissiale. Aujourd'hui, le prêtre n'est plus une figure d'autorité comme il y a cinquante ans dans les villages avec le notaire ou le médecin ». Ce sont autant de défis que l’Église y fait face. L’Église belge a perdu près de 8000 prêtres ces 60 dernières années. Elle en compte aujourd'hui 2800.

Moussa T. Yowanga

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