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25 Septembre 2021
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A six mois de la présidentielle 2022, un débat musclé a opposé, le 23 septembre sur la chaîne BFM-TV, le candidat déclaré de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon et l’éditorialiste Eric Zemmour, la vedette sondagière (compris entre 8 à 11%) du moment à la prochaine élection présidentielle dont il fait durer le suspens quant à sa probable participation. Suivie par près de 4 millions de téléspectateurs, la passe d’armes entre Mélenchon et Zemmour a tenu toutes ses promesses en termes de confrontation d’idées et de vision politique pour la France d’aujourd’hui et de demain. Contrairement au débat affreux entre Jean-Marie Le Pen Bernard Tapie en 1989, pour celles et ceux qui en gardent encore le triste souvenir, la confrontation d’hier s’est déroulée dans un climat empreint de courtoisie républicaine et de respect mutuel assez surprenant, sachant le caractère bien trempé de chacun d’eux. Bien sûr, l’un comme l’autre joue gros dans la perspective du scrutin présidentiel à venir. Ils se savaient très attendus par la classe politique, les médias, et le grand public, parmi lesquels se cachent les futurs électrices et électeurs. Personne n’a intérêt à être battu par K.O en risquant, pour le coup, d’être disqualifié prématurément de la course présidentielle avant l’heure. Les deux modérateurs du débat, tout en rappelant les règles du jeu, ont annoncé les deux préoccupations majeures autour desquelles vont tourner les questions de la soirée : La France est-elle en danger ? Et comment réduire la fracture sociale en France ?
Dès l’entame du débat, Mélenchon et Zemmour ont affiché leur satisfaction de débattre ensemble pour un certain nombre de raisons, disent-ils, citant pêle-mêle : le jeu démocratique, la confrontation d’idées, l’envie et la connaissance de l’histoire de la France, la volonté de convaincre à la veille d’une échéance électorale majeure. Le leader de la France insoumise a été le premier à décocher la flèche en qualifiant Zemmour de dangereux, de par son accointance avec Macron qu’il conseille sur l’immigration, et Mme Le Pen dont il est proche. Pour Mélenchon, Zemmour est un agitateur et un idéologue de la droite classique jusqu’à l’extrême droite. Il l’accuse d’avoir une idée rabougrie de la France et d’être condamné pour racisme. Il joue la diversion, dit-il ? Loin de se laisser distraire, Zemmour lui répond cash que dans son camp, on guillotine au lieu de débattre, on ostracise au lieu d’éduquer. Zemmour a attaqué Mélenchon sur son passé à la fois trotskiste, communiste et socialiste sans jamais condamner les crimes de l’ex-URSS, ni dénoncer ceux de Staline ou de Mao Tsé-Toung en Chine. S’agissant de l’immigration, son sujet de prédilection, Zemmour estime que la France ne doit pas être mise sur le banc des accusés pour avoir mal intégré les immigrés, terme d’intégration d’ailleurs qu’il rejette catégoriquement au profit de celui d’assimilation. Si la France a fauté, Zemmour tient pour responsable des gens comme Mélenchon et les élites françaises de 40 dernières années, aux idées criminelles qui ont laissé venir des millions d’immigrés issus d’une civilisation arabo-musulmane, hostile à la civilisation chrétienne vieille de mille ans. Zemmour s’insurge du fait que ce sont les immigrés qui définissent les règles concernant l’immigration en choisissant la personne qui devrait venir ou pas. En 2019, la France a accueilli 275 000 immigrés légaux parmi lesquels 14% représente la part des immigrés dits économiques, assène de façon péremptoire Zemmour, qui dénombre par ailleurs 177 000 demandeurs d’asile dont 80% déboutés ne sont pas expulsés.
Par extrapolation sur tout le quinquennat, à termes, ce sont 2 millions d’immigrés légaux qui seront entrés en France, s’appuyant sur le livre de Stefani, spécialiste des questions migratoires, selon lui. La réplique cinglante de Mélenchon ne s’est pas fait attendre, promettant à Zemmour qu’ils veilleront à l’empêcher d’arriver à ses fins. Lui et les autres, dit-il, ne laisseront Zemmour chasser les musulmans ou les obliger à choisir entre l’islam et la France. La religion est une affaire privée. Balayant du revers de la main la thèse de Mélenchon sur l’islam, Zemmour déclare sans ambages que l’islam est une religion politique par essence. Pour lui, l’islam s’occupe des normes sociales au lieu de l’intériorité de ses fidèles. Il va plus loin en martelant que l’islam est à l’antipode de la France. Autrement, l’islam rame à contre-courant des valeurs françaises.
Abordant la question sécuritaire, Mélenchon a proposé la dissolution des 7000 policiers de la BAC tout en plaidant pour le renforcement du dispositif de formation des policiers. S’agissant du point relatif à la sécurité, Zemmour en fait le bouc émissaire. Il n’y va par quatre chemins pour qualifier les violences actuelles comme un jihad et non une délinquance. Il estime que ce n’est rien d’autre qu’une guerre de civilisation, de pillage de viol, de meurtre qui est imposée à la France.L’OTAN a été presque sinon le seul point d’accord entre les deux débatteurs qui ne comprennent pas la présence de la France au sein de cette organisation moribonde. Elle aurait dû se dissoudre depuis 1990 avec l’effondrement de l’URSS et la disparition du Pacte de Varsovie. Fondamentalement pro nucléaire, Zemmour a rejeté en bloc la solution de Mélenchon qui milite pour la sortie progressive du nucléaire et la diversification des sources énergétiques pour la France. Ce serait un facteur de perte d’emplois et de souveraineté de la France si on en sort. Mélenchon lui oppose l’accident de nucléaire de Tchernobyl et l’inconnu de l’avenir en matière nucléaire. Le débat s’est achevé par un concours de prédiction sur ce que serait la France en 2050 à l’allure où vont les choses. Pessimiste, Zemmour y voit le Liban en grand où il y aurait des communautés qui étaient côte à côte, seront face à face comme pour paraphraser l’ancien ministre de l’intérieur Gérard Collomb. Ce n’est pas l’avis de Mélenchon qui plaide pour une société d’entraide et de conclure qu’à l’heure de cause commune, il ne doit pas y avoir de divisions ethniques, ni religieuses.
Moussa S. Yowanga