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16 Août 2013
10- Vous êtes très jeune et la politique n’est certainement pas votre plat préféré. Mais le titre de votre premier roman : « Vente de cuisses de moustiques à Doubangar », nous paraît un peu ou trop provocateur. À quoi pensez-vous lorsque vous avez décidé de donner à votre œuvre littéraire, un tel titre ?
A.M.F- (Sourire). Je vous vois venir. Au risque de me mêler à des soupçons, je me dépêche de dire que mon titre n’a rien à voir avec la politique. Surtout qu’aucun président ne vient m’enlever de mon sommeil soi-disant que j’ai dit des vérités « indisables » (permettez-moi d’utiliser mon nouveau mot). Lorsque j’ai décidé de donner un tel titre à mon œuvre, je pensais à tout sauf à la politique, je dis bien « sauf à la politique ». Comme vous l’avez dit, je suis très jeune et la politique n’est certainement pas la sauce dans laquelle j’aimerais me noyer bien même que quelque part je trouve cette sauce délicieuse, mais piquante. Maintenant que vous me donnez l’idée, point de vue politique mon titre aurait été très provocateur et aurait pu soulever une polémique sur le désagréable et inappréciable modèle de gouvernance en Afrique… Ah lala, merci de me le rappeler. J’ai subitement de nouvelles idées… La politique est une sauce qu’il faut savoir manger, sinon, on s’y noie, et c’est elle qui nous mange.
11-De qui et de quoi, vous est venu un tel titre ? Est-ce que c’est de la pire inspiration ou bien c’est la maison des éditions qui vous a imposé : « vente de cuisses de moustiques à Doubangar ? Si oui, pourquoi l’aviez-vous accepté ? Sinon, qui se place derrière un si grand titre ?
A.M.F-Ah cher journaliste, rien ni personne ne m’a imposé quoi que ce soit. Ce titre est un produit brut de la fusion entre mes neurones et… encore mes neurones. Alors, qui se place derrière un si grand titre ? Ni moi l’auteur, ni la famille, ni la maison des éditions, mais… Encore mes neurones. Ils sont à encourager et à féliciter ces neurones ! (rires).
12-Doubangar est un village où le réel et l’irréel se côtoient, ou le monde sensible et l’invisible se rencontrent et où le mystique et l’ordinaire se croisent. Est-ce que c’est un village réel qui existe au Bénin ou bien c’est totalement imaginaire ? Si oui, pourquoi l’aviez-vous personnellement choisi parmi tant d’autres meilleurs villages qui existent dans votre pays ? Si oui, pourquoi avez-vous imaginé Doubangar, pas un autre ?
A.M.F-Doubangar n’existe nulle part sur terre. Il est totalement imaginaire. Bon, peut être qu’il existe quelque part sait ton jamais. Si quelqu’un fait sa découverte, je suis disponible pour l’aventure. J’ai choisi Doubangar et non un autre parce que ce nom s’accorde bien avec Vente de cuisse de moustiques. Pour moi, comme cela sonnait bien, il n’y avait pas de raison de le changer. J’aurais pu prendre Kilibambam ou Gargacie ou je ne sais quel autre nom de ma longue liste, mais Doubangar m’a pris dans ses filets. Doubangar m’a fait les yeux doux et j’ai succombé. Qu’est-ce qu’il est terrible hein ce fameux Doubangar !
13-Quelles sont d’autres belles petites et grandes histoires qui se cachent derrière “la vente de cuisses de moustiques à Doubangar” quand vous vous mettez à penser au Cameroun votre pays de naissance et au Bénin, celui qui vous accueille présentement ?
A.M.F-Oh, vous savez, les histoires, j’en ai plein les neurones. Ce genre de choses est très fréquent dans la tête d’une ado – adulte – toujours enfant atteint par le virus de la bougeotte comme moi. Surtout je tenais à préciser que bien que “Vente de cuisse de moustiques à Doubangar” soit une œuvre (roman) jeunesse et comique, il regorge de leçons et de morale. D’un premier abord, il faut le lire pour satisfaire ses lèvres et sa santé en n’hésitant pas de rire, mais aussi pour nourrir son esprit et changer sa perception de la vie ou de certaines choses qu’on prend trop à cœur et qui sont souvent futiles.
14-Avec quels mots avez-vous expliqué aux lecteurs et à tous ceux qui ont assisté à la présentation de votre premier livre le choix d’un tel titre ?
A.M.F-J’ai tout simplement expliqué que c’est lors d’un voyage au Nord Cameroun que m’est venue cette idée. Je m’amusais à lire les pancartes à travers les fenêtres du train. Et à chaque entrée dans une nouvelle ville, je trouvais des noms intéressants. Il y avait même un village nommé Tête d’éléphant. Cela m’a tellement paru insolite que je ne cesserais jamais de le mentionner.
15-Quelles étaient les réactions de vos amies d’enfance, vos camarades de classe quand ils ont entendu que vous avez déjà publié un livre ? Pourtant vous partagez presque tous les mêmes conditions de vie.
A.M. F- (Sourire). Nous partageons peut-être tous les mêmes conditions de vie, mais nous n’aspirons pas tous à la même chose. Tous les chrétiens ne désirent pas être papes. Tout simplement pour vous dire que les félicitations fusaient de partout, certains m’ont confié combien ils m’enviaient et combien j’avais de l’avenir. D’autres étaient heureux pour moi et d’autres non. L’écriture, la littérature ou le livre n’est plus un sujet d’actualité chez les jeunes. Je peux même affirmer que quatre-vingt-dix pour cent des élèves de l’école que je fréquentais étaient totalement désintéressés par la lecture et très peu mettaient pied dans la bibliothèque de l’école si ce n’est pour jouer au Chess ou au Damier. Aux heures matinales de lecture, un bon nombre de têtes cherchent le sommeil ou les élèves ont naturellement de manière subite d’autres chats à fouetter. Comme pour dire que “d’accord, Foyet a publié un livre, et ensuite ?” Mais je profite pour remercier tous ceux qui ont acheté mon livre pour me faire plaisir et pour m’encourager. Je ne vous remercierai jamais assez, car le plus grand bonheur d’un écrivain, de surcroit jeune, est de savoir que ce qu’il a produit a au moins été lu par une tierce personne, qu’il a été apprécié, qu’il a fait rire, réfléchir ou divertir.
16-Que signifie écrire un livre pour vous : raconter, inviter ou dénoncer les tares de nos sociétés ou la mauvaise gouvernance d’un pays ?
A.M.F-Ecrire un livre pour moi signifie beaucoup de choses. Alors là, c’est tellement profond et important pour moi d’écrire. Écrire a toujours été le meilleur moyen d’expression pour moi. L’expression orale est peut-être la meilleure, mais celle écrite est ma préférée. J’arrive à tout faire à partir de cela, raconté, témoigné, dénoncer les tares de nos sociétés, jeté sur les feuilles des mots qui me feraient depuis longtemps exploser à force de les garder. J’écris lorsque je suis triste, j’écris lorsque je suis en colère, frustrée, déçue, stressée, ébahie, excitée, ennuyée, tout. Il est souvent bien de se confier oralement à une personne de confiance, mais avec l’écrire je me sens mieux vidée, à l’apogée, au paroxysme de l’aise.
17-La dernière question est réservée à vos frères et à vos sœurs, à papa et maman. Bien que nous n’ayons aucune information qui parle d’eux pour que nous puissions bien la formuler. Quel était le rôle de tous les membres de votre famille dans la publication de votre premier roman littéraire ? Sont-ils tous d’accord avec votre titre : “vente de cuisses de moustiques à Doubangar” ? S’il existe quelqu’un ou plusieurs personnes qui se sont opposées. Quelles étaient leurs principales raisons ? Et quel titre voulaient-ils à votre première œuvre littéraire ?
A.M.F-Les membres de ma famille sont les premiers à m’avoir encouragé et je crois que sans eux, rien de tout ceci ne serait arrivé. Ah ça, tous sont d’accord avec le titre. Au point où mon petit frère s’est proclamé mon manager officiel sans ma permission (rires). Ce titre est vraiment attrayant et super drôle. C’était mon objectif. Trouver un titre vraiment attrayant et super drôle. Les cuisses de moustiques… il y a de quoi se poser des questions après avoir versé une larme de rire.